Retraites, l’ombre de Malthus - Par Pierre-Antoine Delhommais
L’hostilité des syndicats et de nombreux Français à la réforme des retraites reflète quelques-uns des grands maux dont souffre notre pays.
La façon dont Emmanuel Macron aura géré le dossier des retraites depuis son arrivée à l'Élysée en 2017 restera dans les annales comme un contre-modèle de la méthode à suivre pour mener des réformes structurelles. Alors que les travaux des économistes soulignent que celles-ci doivent être menées en tout début de mandat pour profiter de l'élan de l'élection, c'est à l'issue d'interminables et stériles concertations qu'un premier projet de régime à points avait fini par être élaboré. Totalement incompréhensible par le commun des mortels, ce système avait été préféré à de simples mesures paramétriques de report d'âge, comme en propose aujourd'hui le gouvernement, mais qu'à l'époque Emmanuel Macron lui-même jugeait insatisfaisantes et injustes. Il est donc difficile pour le chef de l'État d'espérer susciter l'adhésion des Français à une réforme dont il a longuement souligné dans le passé les multiples défauts et insuffisances.
Le refus massif de partir à la retraite plus tardivement illustre le déni des réalités économiques dans lequel vivent les Français, qui demeurent majoritairement convaincus que, malgré les évolutions démographiques, l'allongement de l'espérance de vie et le vieillissement de la population, il est tout à fait possible, contre l'évidence arithmétique, de maintenir le niveau des pensions des salariés sans que ceux-ci aient besoin de travailler plus longtemps.
