Peut-on encore être conservateur ? - De Armand Rouvier

Si la pensée conservatrice reste, en France, encore «incomprise», le politologue Armand Rouvier affirme que les conditions sont aujourd’hui réunies pour redonner sa pertinence à cette pensée.


Peut-on être conservateur en France aujourd'hui ? Notre pays semble rétif au conservatisme : doté d'un Etat centralisateur peu soucieux des coutumes, porté sur les idées abstraites, mû par des passions politiques qui n'ont jamais vraiment laissé de place à la préservation du passé... , les conservateurs y sont comme relégués au second plan, derrière les libéraux, les gaullistes et les réactionnaires. C'est l'impossibilité d'un conservatisme "à la française" que tente de résoudre ici Armand Rouvier en revenant sur l'histoire de cette notion politique depuis Montaigne jusqu'à la IIIe République en passant par l'âge d'or du conservatisme dans le XIXe siècle de Chateaubriand. Peut-on encore être conservateur ? apporte ainsi des clés indispensables pour comprendre la recomposition politique à l'oeuvre aujourd'hui.


Notre critique de Peut-on encore être conservateur?: un possible «moment conservateur»


«Changer ? Changer, Votre Majesté? Vous ne croyez pas que les choses vont déjà assez mal comme cela?» Cette ironique boutade du marquis de Salisbury à la reine Victoria lorsqu’elle suggérait à son premier ministre de procéder à de vastes réformes résume l’esprit conservateur. Un pessimisme fondé sur la profonde conviction de la triste imperfection morale et intellectuelle de l’homme. La philosophie conservatrice se méfie autant que possible des réformistes et des utopistes du «soleil de l’avenir».

Longtemps dénigré, voire méprisé, accusé d’immobilisme, le conservatisme n’est plus aujourd’hui, à l’âge de la crise climatique, l’objet de la même aversion. Les années post-68 sont derrière nous. Serions-nous à l’aube d’un nouveau «moment conservateur»? C’est l’opinion du politologue Armand Rouvier, qui montre dans ce petit essai l’actualité ambiguë du conservatisme.

[Entretien] Armand Rouvier : L’impossible “conservatisme à la française”

Le conservatisme redevient à la mode, observe Armand Rouvier. Ce constat, que beaucoup partagent, a entraîné un certain nombre d’études sur ce qu’est le conservatisme aujourd’hui. Mais aucune ne se penche sur les origines de ce mouvement dans l’Hexagone. Le chercheur en science politique analyse donc ses racines en France, de Montaigne à Renan, afin de comprendre pourquoi il a connu un échec. Un ouvrage qui offre des clés de lecture du passé pour ouvrir de nouvelles perspectives à l’avenir.

Valeurs Actuelles. Comment décrire ce mouvement politique ? Y a-t-il une spécificité française ?

Armand Rouvier.
Le conservatisme est la disposition à vouloir conserver les traditions, à en accepter l’autorité parce qu’elles nous ont été léguées, et non pas parce qu’elles seraient bonnes ou parfaites. Cette acceptation des traditions repose en grande partie sur la méfiance du changement qui, pour le conservateur, porte en lui de nombreux dangers : celui qui veut transformer le monde est souvent imprudent, il surestime ses capacités intellectuelles, sous-estime la complexité du monde, donne à la politique un rôle salvateur qu’elle n’a pas à avoir.

Si le conservateur montre une telle défiance envers le changement, c’est qu’il veut défendre le présent. Précisément défendre ce passé qui reste présent dans nos vies, qui rend notre monde familier. Cette défiance se fonde donc sur une affection pour notre monde, sur une gratitude et une reconnaissance de notre héritage.

Cette disposition envers la politique ne varie pas entre les pays, un conservateur anglais aura la même qu’un Français. En revanche, ces deux nations ayant une histoire et des traditions différentes, l’héritage sera aussi très différent. Autrement dit, les conservateurs anglais et français défendent des choses différentes mais de la même façon. Être conservateur en France, comme partout ailleurs, c’est accepter l’héritage du passé et sa nécessaire imperfection, et vouloir le préserver car il constitue le cadre dans lequel nous pouvons vivre.


« Le journaliste conservateur Mallet du Pan est un bon exemple de l’inefficacité de l’opposition Lumières/anti-Lumières ».

Pour la droite de gouvernement, le mot conservateur reste une insulte.