La tech européenne manquera-t-elle d’électricité ? - Par Cyrille Dalmont

L’Europe n’investit pas assez dans la production d’énergie. Les entreprises de la tech, très gourmandes en watts, risquent d’en souffrir.


En dépit de ses récents revers conjoncturels, le secteur du numérique parvient à placer 20 de ses géants dans le top 100 des capitalisations boursières mondiales. Aucun autre secteur ne compte autant d'entreprises dans ce classement. Il faut dire que l'activité est en pleine croissance. « L'économie numérique pèse actuellement 15,5 % du PIB mondial et a augmenté deux fois et demie plus vite que le PIB mondial au cours des 15 dernières années », expliquait récemment la Banque mondiale.

Hélas, dans cette locomotive de la croissance mondiale, aucune entreprise européenne ne fait partie du top 20 mondial des entreprises de la tech. Cet effacement européen s'observe dans tous les secteurs du numérique : matériel, logiciel, systèmes d'exploitation, antennes relais, satellites, câbles sous-marins (hors pose de câble), smartphones, objets connectés, cloud et data centers.

Boom de la consommation électrique

Ce déclassement risque de s'accélérer. Par essence, le secteur du numérique est extrêmement énergivore et sa croissance est liée au volume d'énergie disponible. Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. La part du numérique dans la consommation électrique mondiale, qui représente déjà entre 10 % et 15 %, double tous les quatre ans. La consommation électrique liée au numérique pourrait même atteindre en 2030 l'équivalent de la consommation mondiale totale de 2008 tous secteurs confondus, selon l'universitaire allemand Gerhard Fettweis. En 2019, les chercheuses françaises Fanny Lopez et Cécile Diguet anticipaient une augmentation de la consommation électrique des seuls data centers de 2 % en 2013 à 13 % de la consommation électrique mondiale en 2030.