Fin de vie : le clair-obscur des mots et des concepts - Par Pascale Favre
Le médecin et doctorant en philosophie Pascale Favre plaide pour une définition précise des termes et des notions dans le débat sur l'euthanasie. Selon elle, l'inflation des concepts nuit à la pertinence et à la clarté du débat.
Pascale Favre est médecin et doctorant en philosophie, coauteur de Fin de vie : peut-on choisir sa mort ? (avec Jean-Marie Gomas, Artège, 2022).
Il y a eu d'abord l'accaparement de la dignité. Puis l'invocation de la liberté. Maintenant la mise en avant de la laïcité. Après les références aux notions philosophiques, l'appel à la République. Pour tenter de trouver une justification à l'administration de la mort.
L'euphémisation fréquente du discours, visant délibérément à modifier notre perception des choses, ajoute à la confusion. Mots et concepts s'invitent dans les interventions de manière décidément approximative. Tellement importants cependant qu'ils viennent de se voir attribuer un aréopage de personnalités pour les soumettre à un travail lexical. Nombre des membres de ce comité affichent leur militantisme pro-euthanasique. Pourtant le vocabulaire ne se réinvente pas, la plupart des mots sont officiellement reconnus par les tutelles voire inscrits dans la loi depuis des années. Mais peut-être s'agit-il surtout d'officialiser un peu plus, dans les pas de l'avis 139 du CCNE, l'expression «aide active à mourir» et tenter d'effacer la connotation trompeuse qu'elle véhicule. Certains disent refuser l'emploi du mot «euthanasie» ; c'est le «geste euthanasique» - c'est-à-dire non une aide mais une administration directe de la mort - que les soignants dans leur immense majorité refusent. «L'aide», c'est leur activité quotidienne, avant tout une aide à vivre, «active» par nature. Le CCNE en d'autres temps a fait preuve de plus de subtilité, lorsque dans son avis 121 il s'attachait à démarquer «l'assistance au suicide» du «suicide assisté». La première règle de l'éthique exige effectivement la clarté et la précision du langage, indispensables pour que toutes les personnes concernées aient une juste appréciation de ce que chaque mot veut dire. L'édulcoration sémantique au contraire induit une perte de compréhension du sens. Certains mots se veulent rassurants mais manquent alors de légitimité.
