Renaud Girard : «Nous défendons les frontières ukrainiennes, mais pas les nôtres»

Le droit ne saurait exister sans s’appliquer à tous.


Il n’y a pas d’organisation humaine, de civilisation, qui puisse se passer du respect de la loi. Cela vaut pour les personnes morales, aussi bien que pour les personnes physiques. Cela vaut pour la vie internationale comme pour la vie nationale.

Dans l’ordre international, il y a une loi. Elle s’appelle la Charte des Nations unies. Tous les membres de l’Organisation l’ont librement acceptée.

En envahissant, le 24 février 2022, un pays voisin, dont elle avait librement reconnu la souveraineté en 1991, la Russie a commis une violation flagrante de la loi internationale.

La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a tout normalement condamné cette invasion. Elle a ensuite appelé le président de Russie à revenir sur son acte et à retirer ses troupes d’Ukraine. Une fois qu’il eut refusé, la France décida très légitimement d’aider les Ukrainiens à défendre leurs frontières face aux envahisseurs russes. Elle leur envoya du matériel militaire et même, discrètement, quelques dizaines de formateurs. Elle fut, le 4 janvier 2023, la première nation à annoncer qu’elle livrerait des chars à l’Ukraine. Elle a été, depuis, suivie par beaucoup d’autres nations occidentales.

Mais n’est-il pas curieux que la France, si prompte à défendre les frontières ukrainiennes, fasse si peu pour défendre les siennes?

Depuis une dizaine d’années, les frontières françaises sont attaquées systématiquement par des réseaux mafieux de trafiquants, issus d’Afrique, du Moyen-Orient ou des Balkans, qui foulent aux pieds les lois françaises. Pour la plupart, ces réseaux ne sont pas nouveaux, opérant naguère dans le trafic d’armes et de drogues. Mais ils se sont reconvertis récemment dans le trafic d’êtres humains. Deux raisons à cela: à 5000 euros le passage pour chaque migrant illégal, l’activité est beaucoup plus lucrative que n’importe quel autre trafic ; bien moindres sont les risques de se faire prendre, ainsi que la pénalité si on se fait prendre. Pour un trafiquant, ce n’est ni très difficile, ni très risqué de se procurer un vaste dinghy avec un tout petit moteur, de le remplir de migrants sur une plage de la côte libyenne, de choisir un capitaine parmi eux en lui donnant un GPS et un téléphone portable, de lui dire de s’arrêter à 12 miles des côtes, là où commencent les eaux internationales, et de passer un appel SOS aux navires ONG y croisant ou aux unités de secours en mer des pays européens riverains.

L’immigration illégale est une insulte à toutes les personnes étrangères qui respectent les lois des pays dans lesquels elles cherchent à s’installer, qui suivent les procédures légales d’immigration, afin d’obtenir un visa en bonne et due forme, et qui choisissent un moyen de transport légal. La tolérer est aussi une insulte à la dignité humaine, car on sait avec quelle répugnante violence les trafiquants traitent leurs proies.