Guerre en Ukraine : pourquoi la France hésite à envoyer ses chars Leclerc - Par Yann Boivin
CRITERES TECHNIQUES POUR UNE DECISION POLITIQUE...
Dans une intervention devant le Sénat, Sébastien LECORNU est revenu aujourd'hui sur les cessions de matériels à l'Ukraine et plus particulièrement celles d'engins blindés. Après avoir rappelé que les Ukrainiens avaient salué la proposition française de fournir à Kiev des AMX 10RC, le MinArm a indiqué que la demande ukrainienne de chars Leclerc était en cours d'instruction. En dépit de son caractère spécifique, l'analyse de la requête ukrainienne est conduite à l'aide de critères communs à toutes les demandes formulées par Kiev. Ces trois critères "universels" qui semblent constituer la clé de voûte de l'examen des besoins exprimés par Kiev sont présentés ci-dessous ainsi que les remarques que ces points ont inspiré à Blablachars.LIRE EGALEMENT : Guerre en Ukraine : pourquoi la France hésite à envoyer ses chars Leclerc - L'Express (lexpress.fr)
Le premier critère retenu par le Gouvernement pour cette analyse est le suivant : "Nous assurer que l'équipement est utilisé à des fins défensives". Avant de formuler des remarques sur ce critère, il serait intéressant de savoir comment la France pense s'assurer de l'utilisation à des fins défensives des chars transférés ? A côté de précaution oratoire, la première remarque qui peut être formulée tient à la nature même de l'engin? Un char que l'on appelle souvent d'assaut est par définition un engin offensif. Son introduction sur le champ de bataille en 1917 répondait bien à la volonté des états-majors de briser les lignes ennemies en s'affranchissant des tranchées et en éliminant les combattants. Aujourd'hui, si le char est devenu plus polyvalent et employé au sein de dispositifs flexibles, il reste avant tout un engin de combat destiné à accomplir des missions de toute nature, face à une grande variété d'adversaires. La limitation de sa seule utilisation à des fins défensives est parfaitement illusoire et priverait l'armée ukrainienne de ces chars pour d'éventuelles contre-attaques ou contre-offensives, missions ne correspondant pas du tout au critère énoncé par le gouvernement. Les Leclerc devraient donc être affectés à des missions statiques ou ne faisant pas appel aux capacités d'agression du char, ce qui serait un peu dommageable. Avec une absence quasi totale de tout contrôle sur l'utilisation à des fins défensives des chars, le transfert de Leclerc ne peut être envisagé selon ce critère.

