Décentraliser pour de vrai - Par Gaspard Koenig
La décentralisation est toujours promise, jamais vraiment réalisée. C'est même l'inverse qui se produit depuis quelques années. Pour Gaspard Koenig, c'est le chemin inverse que nous devrions prendre, en redonnant aux maires davantage de pouvoir de décision et d'expérimentation.
Qui est contre la décentralisation ? Le président de la République s'est engagé, en recevant les associations d'élus locaux, à lui donner une nouvelle impulsion. Cette annonce intervient dans la foulée du récent rapport annuel de la Cour des comptes consacré au sujet. Nous voilà donc engagés dans l'acte IV ou V de la décentralisation ; on perd le compte.
La Cour identifie justement les défauts des dernières réformes en date. L'Etat a empilé sur le territoire une myriade de couches illisibles (ne pas s'étonner ensuite du niveau d'abstention à des élections locales dont personne ne comprend les enjeux). Il a joué au Lego en dessinant les grandes régions (la révolte gronde plus que jamais en Alsace contre le Grand Est). Il a délégué des compétences, mais ôté des responsabilités, devenant pour les collectivités à la fois le premier prescripteur et le principal financeur (la suppression de la taxe d'habitation ayant porté un coup fatal à la fiscalité locale). Ainsi, l'Etat fait-il toujours moins, mais décide toujours plus : la suradministration va de pair avec le recul des services publics. On est loin d'avoir « décolonisé les provinces », selon l'expression de Michel Onfray.
