La tyrannie du divertissement - D'Olivier Babeau
Et si notre société n'était pas malade d'un excès de travail, mais d'un surplus de temps libre ? Comment le mauvais usage du temps libre et la recherche du plaisir immédiat en viennent à accroître les inégalités ? s'interroge (et nous interroge) Olivier Babeau, économiste, président-fondateur de l’Institut Sapiens, think tank libéral. Dans La tyrannie du divertissement, publié chez Buchet-Chastel, l’essayiste développe une réflexion sur l’articulation dans nos vies entre le travail, le temps libre et l’usage que nous faisons de ce dernier.
Notre époque est malade du temps libre. Depuis le début de la civilisation, jamais l'être humain n'a eu autant de moment pour lui. Que faisons-nous du temps gagné à force de prodiges technologiques ? Qui décide ou influence nos choix ? En quoi ces choix sont-ils de puissants générateurs d'inégalités durables ? Le temps libre peut être utilisé de trois façons : pour développer sa relation aux autres, se développer soi-même ou se divertir. Alors que nous devrions veiller à conserver l'équilibre entre les trois, le divertissement a colonisé l'essentiel de nos loisirs grâce aux nouvelles technologies numériques. Le temps pour soi est ainsi paradoxalement devenu un temps sans soi, dilapidé et contrôlé par d'autres. La domination presque sans partage de l'écran sur notre vie éveillée en est la manifestation. Le drame est que le temps libre prépare le futur de nos inégalités. L'usage que chaque groupe social en fait est l'élément déterminant de leurs différences. Une fracture apparaît entre ceux qui ont une stratégie équilibrée d'utilisation du temps libre et ceux qui en sont dépourvus. Les premiers mettent à profit leur temps pour faire fructifier, directement ou indirectement, leur capital social et économique. Les seconds sont les otages d'un système dont ils sont la matière première et non les clients. Ce livre montre que nous traversons, sans nous en rendre compte, une crise du loisir qui est aussi porteuse de profonds désordres sociaux et politiques. Il indique aussi des façons concrètes de reprendre le contrôle de soi et d'arrêter de perdre son temps.
Le grand débat - Tyrannie du divertissement: les loisirs nous gâchent-ils la vie?
Débat entre Olivier Babeau, auteur de l'ouvrage "La tyrannie du divertissement", économiste et président de l'Institut Sapiens, Mathieu Slama, essayiste et consultant en communication politique, et Sandro Cattacin, professeur à l'Université de Genève et sociologue.Ecouter l'audio : Le grand débat - Tyrannie du divertissement: les loisirs nous gâchent-ils la vie? - rts.ch - Portail Audio
Olivier Babeau: «Les enfants de l’abondance ne trouvent plus de sens ni dans le travail, ni dans le loisir»
La vie des humains avant le néolithique était assez oisive, avec des plages de travail d’une à quatre heure par jour pour la chasse et la cueillette. Tout a changé avec l’invention de l’agriculture et de l'élevage, il y a environ 10 000 ans. L’homme pensait avoir trouvé la solution aux pénuries en cultivant, il s’est embarqué dans une spirale. Le fait d’avoir des stocks de nourriture lui a permis de faire plus d’enfants, pour lesquels il a fallu produire plus, et donc faire encore plus d’enfants pour la main-d'œuvre. Le travail est devenu la vie. Après cela, il a fallu une longue conquête du temps pour soi, qui a eu des hauts et des bas. A la Révolution industrielle, il y a eu une éclipse. On travaillait à l'époque 4000 heures par an. C'était 1950 heures en 1950, c’est 1400 heures aujourd’hui. Au XIXe siècle, le rapport travail/temps à soi était de 70 % pour 30 %... Aujourd’hui, en prenant en compte les 35 heures, la durée des carrières, l’espérance de vie, nous travaillons 12 % de notre temps éveillé.
Olivier Babeau: «Les enfants de l'abondance ne trouvent plus de sens ni dans le travail, ni dans le loisir» - l'Opinion (lopinion.fr)
Aujourd’hui, nous sommes dans une ère post-consumériste, lassés des fruits du travail, sans vouloir y renoncer pour autant. Chauffage, voyages, technologie, Netflix... On estime n’avoir plus à travailler pour l’avoir, c’est un acquis. C’est une crise de la prospérité des enfants de l’abondance.
Une certaine vision de l'égalitarisme peut laisser penser qu’il est difficile de hiérarchiser les plaisirs. Mais il y a les loisirs qui laissent pareil, qui sont des divertissements, et ceux qui transforment.
Note de lecture de Johan Rivalland
Olivier Babeau: «C’est dans les loisirs que se creusent les inégalités»
Le Club Le Figaro Idées diffusé ce jeudi 16 février avait pour thème «La société de loisirs, une fabrique à crétins?». Pour en débattre, Eugénie Bastié était entourée d’Olivier Babeau, président de l'Institut Sapiens et auteur du livre «La tyrannie du divertissement» ed. Buchet Chastel, de Jean-Pierre Robin, Éditorialiste au Figaro et de Quentin Périnel, journaliste et chroniqueur au Figaro.
Voir la vidéo : Olivier Babeau: «C’est dans les loisirs que se creusent les inégalités» (lefigaro.fr)
Olivier Babeau: la société du spectacle a encore frappé!
Camille-Apollonia Narducci persuadée que consacrer son temps libre au iaido et non à l’usage de la télécommande dans le starting block du canapé, est socialement déterminant, s’est amusée à lire La Tyrannie du divertissement, le dernier essai d’Olivier Babeau. Il l’a apparemment convaincue. Dis-moi ce que tu glandes, je te dirai qui tu es, y apprend-on… Et à la vieille interrogation sur le sens du travail doit se substituer une autre, non moins redoutable, sur le sens du loisir, prévient l’économiste.
Le jeune Olivier Babeau s’était entendu dire par son universitaire de père : « Prends un livre et lis ». Et aujourd’hui ses deux fils sont avides de vidéos footballistiques. C’est parce qu’il balance entre deux âges qu’il livre sa réflexion sur cette voie du temps libre, car « il est urgent de mieux transmettre à tous l’art de résister à soi ».Entre une génération qui a créé le cordon USB sur le modèle du cordon ombilical et une autre qui croit fermement que ce dernier est la base du premier, le rapport à l’écran, à la lumière qui fut bleue, les nouvelles technologies proposent un nouveau pacte faustien, comme celui que Yuval Harari avait expliqué, concernant l’agriculture, dans Sapiens.
Et si nous avions trop de temps libre ? Ce livre qui bouscule notre questionnement
Par Emmanuel Lechypre
Non, notre société n’est pas malade d’un excès de travail, explique Olivier Babeau, elle souffre au contraire d’un excès de temps libre. Depuis le début de la civilisation moderne, autrement dit depuis que l’homme s’est sédentarisé, jamais l’être humain n’a eu autant de moments pour lui.
Et si nous avions trop de temps libre ? Ce livre qui bouscule notre questionnement - L'Express (lexpress.fr)
Olivier Babeau : « Occuper son loisir est un art très difficile »
Le loisir est tout sauf un élément anecdotique de nos sociétés : il est à la fois leur plus grande faiblesse et la clé de leur progrès, avertit Olivier Babeau dans son nouvel ouvrage. Mais pour le professeur d’université, fondateur et président de l’Institut Sapiens (laboratoire d’idées dédié à la réflexion sur la place de l’être humain dans le monde technologique), ce temps libre représente actuellement une grande faiblesse alors que le divertissement, loisir passif et stérile, prend trop le pas sur les autres formes de loisir. Un peu dépassés par l’importance inédite du temps non travaillé qui nous était accordé, nous n’avons pas questionné son emploi et la façon dont il accentue les inégalités sociales. Alors que les nouvelles technologies renforcent cette emprise du divertissement sur nos temps de cerveau disponibles, cet ouvrage appelle à l’examen de conscience.
Valeurs Actuelles. « On a volé notre temps » , avertissez-vous dès les premières pages de votre ouvrage. De quelle manière ?
Olivier Babeau. Je pars du constat que nous avons beaucoup de machines censées nous permettre d’économiser notre temps, tout est à portée de doigt. Par exemple, en deux clics nous pouvons commander un billet de train, là où auparavant il fallait se rendre au guichet et faire la queue.
Or, malgré cela, nous sommes nombreux à courir après le temps, à n’avoir jamais de moments pour faire ce que nous avons envie de faire : la pile de livres non lus s’élève sur la table de nuit, l’instrument de musique prend la poussière… Cela augmente notre culpabilité. Ce temps gagné sur le temps de travail grâce à son recul nous échappe comme du sable fin entre nos mains.
Dans mon ouvrage, je procède à une archéologie du temps libre. Je constate que nous terminons une époque commencée il y a dix mille ans, avec le néolithique, c’est-à-dire la sédentarisation. Celle-ci scellait la fin du nomadisme de groupes de chasseurs-cueilleurs qui avaient une logique économique très différente. Ces hommes du paléolithique travaillaient très peu : deux à quatre heures par jour. Ils menaient ainsi une vie de relative oisiveté qui ne correspond toutefois pas totalement au loisir actuel, où l’on s’extrait du collectif pour faire des choses seul, car la vie était collective. Puis, à partir du néolithique, on a fait une sorte de pacte faustien avec l’agriculture et l’élevage. On a cru acheter la tranquillité d’approvisionnement. Mais celle-ci a permis d’avoir beaucoup plus d’enfants, donc de bouches à nourrir. (...)

