Une année décisive pour l’armée française - Par Frédéric Pons
La nouvelle loi de programmation militaire (LPM) qui fixe les futurs budgets de l’armée va être débattue au printemps. Après 30 ans de réduction budgétaire, le gouvernement a redressé la courbe en augmentant les crédits militaires depuis 2017. Alors qu’il a été décidé de porter l’effort national de défense à 2% du PIB à l’horizon 2025, les augmentations budgétaires à venir permettront-elles une remise à niveau de l’armée pour affronter les nouvelles menaces qui lui font face?
Après un an de guerre en Ukraine, la France se situe au cinquième rang des pays fournisseurs d’aide militaire. C’est très loin de l’effort fourni par l’Amérique, bien sûr. Mais c’est assez faible, aussi, au regard des ambitions politiques et du statut de la France, réputée « première puissance militaire en Europe ». L’explication est simple : notre pays n’a plus la ressource pour peser davantage. Faute de stocks suffisants, elle a dû prélever des armes sur ses unités opérationnelles, altérant leurs capacités instantanées.
En acceptant de diminuer ainsi son potentiel pour honorer ses promesses à Kiev, la France confirme son manque d’épaisseur militaire. Notre pays aligne des combattants et des armements de qualité, mais en trop faible nombre. Cette « armée de poche » est l’aboutissement de trois décennies de réductions budgétaires, quand les effectifs et les équipements étaient programmés dans une logique purement financière – et non stratégique –, encadrée par la sacro-sainte RGPP (Révision générale des politiques publiques). La gestion en flux tendus des stocks militaires – « des actifs coûteux et inutiles » – a privé l’armée de l’épaisseur nécessaire à la haute intensité. Des entités jugées non prioritaires en ont souffert, comme les armes d’appui (artillerie) et la logistique (train, matériel, maintenance, stockage). Des savoir-faire ont été perdus. Il faudra des années pour les reconstituer.
