La politique africaine de la France a-t-elle un avenir ? - Par Nicolas Baverez et Renaud Girard
Nicolas Baverez: «Reconstruire une politique africaine de la France»
La France, après dix ans d’un engagement militaire majeur qui a coûté la vie à 58 de ses soldats et mobilisé 1 milliard d’euros par an, a été piteusement expulsée du Mali en 2022. Il en est allé de même en Centrafrique et au Burkina Faso. Militairement, l’opération Barkhane au Sahel, en dépit des succès tactiques obtenus contre les groupes djihadistes, se conclut par un échec politique, stratégique et moral majeur. Le djihadisme s’étend vers le golfe de Guinée et reconstitue la capacité à projeter depuis le Sahel des commandos vers la France et l’Europe. Le ressentiment contre la France, porté par la stratégie de désinformation de la Russie, les activistes et les réseaux sociaux, se diffuse dans tout le continent. La Russie, à travers la légion Wagner, prend le contrôle politique et économique des États sahéliens. Enfin, le narratif russe s’impose, 21 pays africains sur 55 s’étant abstenus ou n’ayant pas pris part au vote de l’Assemblée générale de l’ONU qui a condamné l’invasion de l’Ukraine.
Nicolas Baverez: «Reconstruire une politique africaine de la France» (lefigaro.fr)
Renaud Girard: «La France a un avenir en Afrique»
Les attitudes hostiles à la France des gouvernements militaires putschistes du Mali et du Burkina Faso sont des arbres qui cachent la forêt. La réalité est que la grande majorité des nations africaines ont encore un vif désir de France, comme l’a prouvé le voyage d’Emmanuel Macron, du 1er au 5 mars 2023, en Afrique centrale (Gabon, Angola, Congo-Brazzaville et République démocratique du Congo), après celui de juillet 2022 dans le golfe de Guinée (Cameroun, Bénin, Guinée-Bissau).
À Bamako et à Ouagadougou, les autorités issues d’un coup d’État ont réclamé le départ des soldats et des coopérants français (présents en vertu d’accords dûment signés avec Paris), car ils sont des boucs émissaires rêvés pour expliquer les graves échecs sécuritaires et économiques que connaissent le Mali et le Burkina. Mais, à Kinshasa, c’est le désir inverse qui s’exprime: on voudrait bien avoir sur place des soldats français. Car on aimerait qu’ils aillent chasser les prédateurs rwandais des richesses congolaises situées dans l’est de la RDC. On se souvient de l’opération réussie de Kolwezi (mai 1978) contre les rebelles katangais et on croit que la France pourrait la reproduire au Kivu.
Renaud Girard: «La France a un avenir en Afrique» (lefigaro.fr)
