Dépenses publiques 2021 : "la qualité s'oublie et la quantité reste" (!!!?) - Par François Ecalle et Jean-Philippe Delsol


En 2021, la France a dépensé 7,5 points de PIB de plus que la moyenne de l’Union européenne, selon une étude réalisée par le spécialiste des finances publiques François Ecalle. Mais la machine étatique, obèse, manque d’agilité, de réactivité et de créativité précise Jean-Philippe Delsol...


Les dépenses par politique publique en 2021

Par François ECALLE

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Eurostat vient de publier la ventilation des dépenses publiques par « fonction » en 2021 dans les pays de l’Union européenne. Les « fonctions » de cette nomenclature correspondent pour la plupart à des politiques publiques. Ces données permettent donc de comparer le coût des politiques publiques, en pourcentage du PIB, en France et dans les autres pays européens. Le résumé ci-dessous compare ces coûts en France et dans l’Union européenne, mais des comparaisons avec l’Allemagne et l’Italie sont aussi présentées dans le corps de la note.

Les dépenses publiques de la France représentaient 59,0 % du PIB en 2021 contre une moyenne de 51,5 % dans l’Union européenne.

Le poids des dépenses publiques, en pourcentage du PIB, est plus élevé en France que dans l’Union européenne pour toutes les grandes fonctions à l’exception de la sécurité intérieure et de la justice ainsi que des services généraux (fonctions supports) et des intérêts de la dette publique pour lesquels il est à peu près le même.

L’écart entre la France et la moyenne européenne est plus particulièrement important s’agissant des retraites (2,3 points de PIB), de la santé (1,3 point) et du logement (1,3 point).

Cette note présente aussi des zooms sur trois grandes fonctions : la santé, l’enseignement et la sécurité intérieure et la justice.

Il apparait que les dépenses de santé sont plus élevées en France que dans l’Union européenne dans tous les domaines autres que la santé publique : hôpitaux, services ambulatoires, produits médicaux et indemnités en espèces.

Si les dépenses publiques sont plus importantes en France dans l’enseignement secondaire, elles sont plus faibles dans le primaire et dans le supérieur.

Les dépenses sont du même ordre de grandeur en France et dans l’Union européenne pour les forces de police, la protection civile, les tribunaux et l’administration pénitentiaire.



Dépenses publiques : « La France est comme un dinosaure »

Par Jean-Philippe Delsol

La France serait incapable de faire face à une invasion comme celle que subit l'Ukraine. Elle n'a que 200 chars opérationnels et peu de réserves d'armes et de munitions. Son budget de la Défense peine à atteindre 2 % du PIB et ce sera insuffisant pour combler les retards accumulés par des décennies de disette. Mais elle n'est pas plus capable de maintenir la sécurité en France où les délits et autres incivilités progressent. Et malgré des efforts incontestables, la justice reste un parent pauvre : la France comptait 11,2 juges pour 100 000 habitants en 2020, contre 22 en moyenne en Europe, et 3,2 procureurs (contre 11,8).

Pourtant, la France est l'un des pays au monde qui a les prélèvements obligatoires les plus élevés : 45,2 % du PIB estimés en 2022. Les dépenses publiques sont beaucoup plus importantes (59 %), car nous continuons de vivre à crédit avec des déficits annuels qui en 2023 ne redescendent pas en dessous de 5 % du PIB tandis que, déjà, nous atteignons 3 000 milliards d'euros de dette publique. Nous dépensons plus que nos voisins, mais nous nous appauvrissons : notre PIB par habitant est inférieur de 15 % à celui des Allemands, et nous ne sommes que 26e au classement mondial. Parce que nos dépenses sociales absorbent la plus grande part des ressources publiques : elles représentent 33 % du PIB français tandis que l'ensemble des dépenses consacrées à la défense, à la sécurité intérieure et à la justice ne dépassent guère 3 % du PIB, dix fois moins.

« L'argent coule à flots, mais de façon inefficace »

Nos services sociaux ne sont pas meilleurs que dans les pays comparables, mais ils coûtent plus cher. En 2020 la part des dépenses de pensions de retraite était de 15,9 % en France contre 13,6 % en moyenne dans l'UE. Les taux de cotisations « retraite » payées par les actifs sur leur salaire brut sont pourtant les plus élevés après l'Italie et la République tchèque, soit 27 % en France contre une moyenne de 18,4 % dans l'OCDE. En 2018, les dépenses publiques d'éducation s'établissaient à 2,6 % du PIB en Allemagne, contre 2,93 % du PIB en moyenne dans l'Union européenne et 3,4 % du PIB en France. Malgré ça, les professeurs français sont mal payés et grognent. En 2020, la dépense courante de santé représentait 12,2 % du produit intérieur brut (PIB) en France et 10,9 % dans l'ensemble de l'Union européenne à 27 pays (Eurostat). Mais les hôpitaux sont surmenés et les médecins généralistes sont sous-payés.

La machine étatique, obèse, manque d'agilité, de réactivité, de créativité. La France est comme un dinosaure, dont on dit que la race a disparu parce qu'il tardait trop à réagir aux défis auxquels il était confronté. L'argent coule à flots, mais de façon inefficace. Le Conseil des prélèvements obligatoires observe que les taux réduits de TVA représentent une charge de 47 milliards d'euros, mais quasiment sans aucune efficacité. Outre les déficits annuels constatés, l'argent public, celui des contribuables donc, contribue très largement à l'équilibre des régimes de retraite, soit 119 milliards d'euros en 2021, notamment au titre des surcotisations payées par l'État en tant qu'employeur et de sa contribution aux déficits des régimes spéciaux. On pourrait donc trouver de l'argent. C'est d'ailleurs ce qui a motivé Emmanuel Macron à engager la réforme des retraites, pour réduire le concours de l'État.

La solution n'est pas dans la recherche de nouvelles ressources pour continuer à dépenser toujours plus. Elle est dans la recherche d'économies en responsabilisant les ménages dans leurs dépenses sociales, en leur permettant de s'assurer librement, en ouvrant progressivement les retraites à la capitalisation, en instaurant une allocation unique pour ceux qui en ont réellement besoin. Elle est aussi dans des organisations plus efficientes en supprimant le statut de la fonction publique, comme l'ont fait de nombreux pays de la Suède à la Suisse en passant par le Danemark et l'Italie, en adoptant une fiscalité plus simple, raisonnable, neutre. En acceptant l'ouverture à la concurrence entre écoles et universités, pour faire réagir l'Éducation nationale, entre hôpitaux publics, comme aux Pays-Bas ou en Allemagne. Car la concurrence est toujours un facteur d'innovation et d'efficacité.