Le talisman de la mixité sociale à l’école - Par Olivier Galland

La mixité sociale est un thème récurrent du discours éducatif. L’idée est louable mais ses effets, difficiles à évaluer, sont en réalité assez limités. L’objectif de mixité sociale ne doit donc pas devenir le cache-misère de la politique éducative.


Pap Ndiaye, le ministre de l’Éducation nationale, a relancé le thème de la mixité sociale, en indiquant qu’il en faisait une des priorités de sa politique. Pour le moment, les mesures concrètes donnant corps à cette politique n’ont pas été annoncées, mais les intentions semblent là.

Cette idée n’est pas nouvelle[1], elle est régulièrement mise en avant comme le moyen décisif d’améliorer l’équité scolaire et les performances de la France en la matière alors que les enquêtes PISA montrent régulièrement que les inégalités socioculturelles de réussite scolaire restent très fortes dans notre pays.

Mais de quoi parle-t-on effectivement lorsqu’on parle de mixité sociale à l’école et que vise-t-on ? L’idée de départ est simple et paraît assez intuitive. Des établissements et des classes socialement et scolairement (les deux dimensions étant liées) hétérogènes favoriseraient la réussite des élèves les plus faibles qui seraient stimulés par la cohabitation avec des élèves de niveau plus élevé. On appelle habituellement cet effet un « effet de pairs ». Au-delà de l’effet strictement scolaire, on peut en attendre des effets sociaux positifs plus généraux : la cohabitation d’élèves aux profils culturels et sociaux diversifiés pourrait favoriser l’ouverture sur le monde, l’intégration sociale et l’esprit de tolérance et prémunir du développement de comportements antisociaux.

On peut penser néanmoins à des effets moins positifs de la mixité sociale et scolaire : les meilleurs élèves ne voient-ils pas leurs performances scolaires baisser dans des classes scolairement hétérogènes ? La qualité individuelle de l’enseignement n’est-elle pas mieux assurée face à des classes scolairement homogènes ? Des élèves de niveau scolaire moyen ne seront-ils pas plus à l’aise dans des classes faibles où ils seront parmi les premiers que dans des classes fortes où ils risquent d’être relégués en queue de peloton ?


[1] Voir les deux articles que j’ai consacrés à ce sujet dans Telos : « La pensée magique de la mixité sociale, 1 », et « La pensée magique de la mixité sociale, 2 ».