Reconquérir le sacré - De Sonia Mabrouk


L’essai Reconquérir le sacré (L’Observatoire) mêle avec finesse introspection et réflexion profonde sur le désenchantement de la civilisation occidentale. Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe et qui selon elle, dépasse la question religieuse. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.

Entre témoignage intime et pamphlet sur nos sociétés désenchantées, le nouveau livre de Sonia Mabrouk invite le lecteur à s'ouvrir pleinement au monde, et à ne plus refuser ce qu'il ne comprend pas. 

«Ma conversion au sacré s'est faite en plusieurs étapes. Ce ne fut pas une révélation brutale et soudaine ; plutôt une succession de moments à la fois intimes et universels, un cheminement dans le temps vers des fragments de sacré, une compréhension de quelque chose qui nous précède et qui nous suit, qui en tout cas nous dépasse. Je dirais aussi que, dans mon cas, j'ai reçu le sacré comme on reçoit la foi. À un moment précis, le sacré a fini par s'imposer dans mon existence. Était-ce le fruit du hasard, ou était-ce un événement déjà inscrit en moi ? Impossible à dire. Une chose est sûre: la vie s'en est mêlée, et depuis, tout a changé.»


Sonia Mabrouk: «La désacralisation du monde occidental est mortifère!» (extraits)


Loin de toute considération divine, le sacré n’est pas uniquement religieux et encore moins mystique ou à caractère spirituel. Comme l’a théorisé Émile Durkheim, le fondateur de la sociologie française, les choses sacrées, même si elles sont au cœur de toute religion, ne font pas nécessairement allusion à une force surnaturelle comme Dieu ; elles peuvent aussi s’appréhender au travers d’objets, de monuments, de croix ou de drapeaux. Le sacré représente ainsi tout ce qui fait le lien au sein de la société, de sorte qu’un athée peut ressentir et être traversé par un fluide sacré sans adhérer à un quelconque dogme.

Relevant essentiellement de l’intériorité, le sacré n’est donc pas forcément d’essence religieuse. Il peut parfaitement revêtir un caractère laïc et civil en s’incarnant au travers de la contemplation de la nature, de monuments, de bâtiments, de lieux, de cérémonies, de commémorations ou encore de chants. Toutefois, notons qu’il reste difficile de séparer, par une frontière étanche, le sacré du religieux. Durant des siècles, le sacré a été éminemment religieux. Tout cela laisse bien évidemment des traces indélébiles. Ce sont essentiellement les travaux de Georges Bataille et de Michel Leiris qui permettront d’appréhender le sacré païen en dehors du triptyque religion, patrie, morale. Les deux amis décrivent un sacré athée ou immanent à la portée de tous et présent dans notre vie quotidienne.


Le sacre du sacré

Par Alexandre de Galzain

Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.


Mathieu Bock-Côté: «Sacré des anciens et sacré des modernes»

On dit l’homme moderne errant, désenchanté, étranger à lui-même, et les dernières années pourraient aisément nous convaincre qu’il est au seuil de l’effondrement psychique. Que lui manque-t-il? D’où lui vient ce sentiment d’être jeté dans le vide? Tel est l’objet du dernier livre de Sonia Mabrouk, qui s’est lancée à la reconquête de ce qu’elle nomme le sacré, qu’elle cherche à explorer, inquiète des effets d’une carence métaphysique sur nos sociétés qui se croient spirituellement autosuffisantes.

Alors, revenons-y: la modernité, en quelque sorte, s’est voulue étrangère au sacré. Habitée par une anthropologie de la transparence et de la plasticité intégrale de l’être humain, elle croit abolir ou du moins dépasser le mystère propre à l’homme par les promesses de la science et de la technique. Promesse qu’elle ne peut évidemment tenir. Car l’homme naît, mais meurt, et ne parvient pas à s’y résoudre. Il ne parvient pas à accepter de n’être qu’un fait divers biologique plutôt insignifiant à l’échelle de l’histoire du cosmos. Il est habité par un besoin de sacré.


SONIA MABROUK PAR MATHIEU BOCK-CÔTÉ


J’étais très heureux qu’Arthur de Watrigant me demande de faire un petit portrait de Sonia Mabrouk pour L’Incorrect. Tous ceux qui me connaissent savent l’estime que j’ai pour elle, l’amitié, aussi, si je puis me permettre cette confession. Arthur a pris la peine d’ajouter : « Je ne te demande pas une chronique sur son livre, Reconquérir le sacré, je sais que tu la réserves pour le Figaro. Je veux que tu nous en dises un peu plus, toutefois, sur ce qui l’a conduit vers ce thème, le sacré. »

Ce qui me convenait parfaitement. Certains se sont étonnés, peut-être, de la voir l’embrasser.Sur les réseaux sociaux, les débiles habituels et les mondains « républicains » s’en sont offusqués, d’ailleurs. Ils voient le sacré comme un résidu appartenant aux périodes antérieures de l’humanité, dont l’émancipation moderne devrait nous délivrer. Ou alors, comme le font les sociologues, ils voient le sacré comme le simple résultat d’un processus de sacralisation qui peut se porter sur n’importe quel objet. C’est ce qu’on appellera le sacré des modernes.

Mais ils n’ont pas l’idée d’y voir un substrat, une réalité ayant sa consistance propre, le sacré d’Eliade et de Caillois, autrement dit, que l’homme cherche ensuite à capter et à ritualiser, à travers le travail des religions, mais aussi des idéologies, qui tendent toutefois à le falsifier. C’est pourtant ce sacré là que recherche Sonia Mabrouk, et cela, depuis son premier livre. D’abord lors de ses conversations avec sa grand-mère, Le monde ne tourne pas rond ma petite-fille. Mais plus encore dans son très beau roman Dans son cœur sommeille la vengeance, où la quête de rédemption du personnage principal croisait une quête spirituelle culminant à la dernière page dans ce que je n’ose appeler une conversion. Car la conversion relève de l’intimité des âmes, à tout le moins dans le monde chrétien. Mais il y avait néanmoins dans ce roman le portrait d’une conversion au noyau spirituel de l’Occident.

On pourrait dire les choses autrement : nous savons assez spontanément ce contre quoi nous nous battons dans l’espace public, mais plus rarement sommes-nous capables de nommer ce qui nous pousse vers les barricades. Certes, il y a le bon sens, auquel Sonia a déjà consacré un ouvrage piquant. Mais le sens commun “nit par s’effondrer s’il ne tient pas sur autre chose que lui-même. Sonia Mabrouk ose ainsi nous rappeler qu’au cœur d’une civilisation, on ne trouve pas qu’une règle de droit ou des principes universels, mais un être-au-monde, une transcendance qu’aucune culture ne saurait renier sans se dessécher. Autrement dit, une conception du sacré qui féconde la vie.

Qu’on me permette maintenant quelques mots sur Sonia. C’est, je crois, la meilleure intervieweuse à œuvrer au cœur de l’espace public français. Les politiques aiment se présenter à son micro alors qu’elle ne leur fait pas de cadeau, et sait les pousser élégamment au cœur de leurs contradictions. Mais elle leur offre la possibilité d’aller au fond des choses. De ne pas se contenter de surfer sur l’actualité du jour, à travers les formules convenues engendrées par une société médiatique qui appauvrit le domaine de la pensée. Elle leur permet de dire le fond de leur pensée, s’ils en ont une.

Elle n’est toutefois jamais aussi heureuse que lorsqu’elle interviewe un grand intellectuel. Sonia est une (remarquable) journaliste de profession et une intellectuelle de vocation. Ce qui nous ramène à son livre. Elle ne me l’a pas dit, mais je suis persuadé qu’elle n’est jamais aussi heureuse que lorsqu’elle prend la plume. Elle se place alors sur une autre tonalité. Je me permettrai même de faire de la psycho de comptoir en disant que c’est alors qu’elle peut pleinement devenir celle qu’elle veut être. Ce livre joue un rôle très particulier dans son parcours, et cela, pas seulement à cause des pages très personnelles qu’on y trouve à propos de sa mère, qui prennent au ventre, qui frappent au cœur. C’est le livre où elle fait le pari d’aller jusqu’au bout de sa vocation, de l’assumer, en quelque sorte.

Je l’ai lu avec un immense bonheur. Elle nous livre ici un livre magnifique, qui prend à la fois la forme d’une méditation tout à la fois philosophique et existentielle. Il en annonce, j’en suis certain, plusieurs autres.


Sonia Mabrouk : « Face à l’archipellisation de la société française, nous avons besoin d’un sacré républicain »


Atlantico : Lorsque vous voyez la crise politique actuelle, avec un gouvernement, minoritaire, qui n’a rien d’autre à proposer qu’une réforme des retraites datée et inadaptée et une opposition qui n’arrive à proposer, aucun projet alternatif d’avenir, quel lien faites-vous avec la perte du sacré que vous déplorez dans votre livre ?

Sonia Mabrouk :
Le sacré, dont je déplore l’atrophie, dépasse largement le cadre politique, faisant référence à un temps long qui est celui des civilisations. Toutefois, il existe un lien direct entre la perte de sacré et la manière avec laquelle les responsables politiques appréhendent aujourd’hui les réformes, et plus globalement, la vie de la cité. Ce lien ou plutôt cet écueil s’appelle l’économisme, autrement dit une façon de tout voir par le chiffre et pour le chiffre. Nos responsables politiques ont délaissé la vision pour la comptabilité. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de comptables et de gestionnaires dans un gouvernement, mais nous manquons avant tout et cruellement de visionnaires. La vraie et grande question a été posée par Saint-Exupéry dans sa magnifique lettre au général X : « Que faut-il dire aux hommes ?». C’est un questionnement qui conserve toute son intensité. En posant cette question, Saint-Exupéry dénonce l’asséchement spirituel qui est le nôtre. Il écrit cette phrase qui résume tout de mon point de vue : « Rendre aux hommes la signification spirituelle, les inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien ». Nous sommes très loin de l’empilement de chiffres et de la course aux économies de la réforme des retraites !

Sonia Mabrouk : « Face à l’archipellisation de la société française, nous avons besoin d’un sacré républicain » | Atlantico.fr

Le combat pour le « sacré » de Sonia Mabrouk


PARTI PRIS. Dans son nouvel essai, la journaliste d’Europe 1 et de CNews veut « reconquérir le sacré ». Mais quelle mouche l’a donc piquée ?


Sacrilège ! En parlant de son attachement à la messe en latin dans Quelle époque !, le talk-show (au demeurant plaisant) du samedi soir sur France 2, Sonia Mabrouk s'est retrouvée prise sous les oukases courroucés de ses consœurs journalistes-vedettes Léa Salamé et Élise Lucet. Chacun pense ce qu'il veut sur le fond du sujet et devrait avoir normalement le droit de le dire. Mais bon…

L'info à retenir de cet échange est que la messe en latin, dans une France déchristianisée, fracturée, radicalisée, qui a la tête dans les retraites et la vie chère, fait polémique dans un « talk-show » people du samedi soir. Et cela grâce à Sonia Mabrouk. Après le succès d' Insoumission française, la journaliste propose un essai percutant, dont le titre claque : Reconquérir le sacré (Éd. de L'Observatoire).


[Vidéo VA+] L’islam est-il plus stylé que la chrétienté ? 

Sonia Mabrouk dialogue avec le Père Danziec

Sonia Mabrouk publie "Reconquérir le sacré", un livre qui vient pointer l'exception occidentale du reniement du sacré. Qu'il soit religieux, mémoriel ou même républicain, la désacralisation de nos sociétés ont participé à leur perte de repères. Le livre de la journaliste d'Europe 1 et de CNews a déjà fait vivement réagir, notamment dans l'émission "Quelle époque" animée par Léa Salamé. La présentatrice s'est vue reprocher son goût pour la sacralité de la messe traditionnelle en latin. Nous avons donc invité Sonia Mabrouk à répondre aux questions de Laurent Dandrieu et ce, en compagnie du Père Danziec, chroniqueur et prêtre "tradi", disant cette fameuse messe en latin.



«La reconquête du sacré» : Sonia Mabrouk et les droits de l'âme


Voici l'homme libre. On a «arraché les consciences humaines à la croyance» (René Viviani), éteint une à une les lumières dans le ciel, rompu ses attachements, étendu infiniment ses droits à mesure que l'on réduisait ses devoirs. Dieu est mort. La patrie ? Une vieille lune. La famille ? Un contrat périssable. La culture ? Un héritage encombrant. L'individu règne sur lui-même, mais quand s'estompe le plaisir épais de la consommation, quand, malgré tout ce qu'on fait pour la cacher, la mort étend son ombre, le voilà saisi d'inquiétude, étreint de nostalgie. L'âme enfouie veut du merveilleux, du sublime, de la grandeur, de la rédemption, de l'éternité : du sacré. C'est cette complainte intérieure que Sonia Mabrouk exprime avec talent et profondeur dans son dernier essai.