Comprendre la laïcité française, avec Jean-François Colosimo

Il existe une exception française en matière de religion, conjuguée à une laïcité inscrite dans notre histoire millénaire, que nous ne saisissons plus, analyse Jean-François Colosimo. Entretien.


Heureux comme Dieu en France : cette expression prend un éclairage particulier à travers le nouvel ouvrage de Jean-François Colosimo, la Religion française, mille ans de laïcité. Le théologien, historien et éditeur démontre comment s'est construite, au cours des siècles, une religion française basée sur un rapport passionnel entre l'État et l'Église catholique, et une séparation du temporel et du spirituel à l'origine d'une laïcité millénaire. Une approche instruite qui dévoile les permanences mais aussi les nouveautés dans nos difficultés actuelles pour réguler le religieux.
Valeurs actuelles. Votre titre interroge. Cela signifie-t-il qu'il y a une spécificité française en matière de religion ?
Jean-François Colosimo.
Je prends le mot religion au sens premier du terme et non pas, comme il est courant depuis les Lumières, pour désigner uniquement les systèmes de croyance historiquement identifiés. Est religieux, pour moi, tout ensemble, politique ou non, dont la représentation inconsciente qu'il se fait de lui-même entretient une dimension symbolique et sacrée. Dans ce sens, la IIIe République a aussi constitué une religion, avec son baptême et son catéchisme sécularisés, son clergé, les instituteurs, ou encore ses rites et ostentations, dont le transfert du cœur de Gambetta au Panthéon.
L'exception de la France en la matière tient dans la compréhension, dès ses débuts, qu'il y a nécessité de séparer le spirituel et le temporel. À travers beaucoup de vicissitudes, elle n'aura en fait cessé d'œuvrer à l' approfondissement de cette séparation. C'est ce que je nomme la religion française.