1er-Mai: «Face aux violences des militants d'ultragauche, il faut une vraie stratégie de sécurité intérieure» - Par Éric Delbecque

Des violences et dégradations ont eu lieu en marge des manifestations du 1er-Mai. Pour Éric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité intérieure, les pouvoirs publics doivent miser sur l'amélioration du renseignement criminel afin de contrer ces groupes radicaux.


Éric Delbecque est spécialisé sur les questions de sécurité intérieure. Ancien Directeur sûreté de Charlie Hebdo après l'attentat de 2015, il est par ailleurs l'auteur de L'insécurité permanente. Les causes de l'impuissance française (éditions du Cerf, 2022)

FIGAROVOX - Vitrines cassées, panneaux brisés, agression d'un pompier qui tente d'éteindre un feu… Le 1er mai, a été une nouvelle fois le théâtre de scènes de violences en marge des manifestations. Les pouvoirs publics ont-ils pris suffisamment au sérieux le risque de violences ?

Éric DELBECQUE -
Désormais, les violences qui menacent de se produire dans les manifestations sur la voie publique ne peuvent plus être interprétées à travers la grille «conscience/inconscience» des pouvoirs publics. Les autorités sont confrontées depuis plusieurs années à des bouffées de brutalité similaires. Elles savent parfaitement que ces événements peuvent se produire et mettent en place des dispositifs en imaginant ce type de débordements.

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La question est ailleurs. Il devient de plus en plus difficile de détecter les moments ou les endroits d'un cortège où les débordements se produiront. Ce qui implique une très grande mobilité des forces de l'ordre pour intervenir et des conditions opérationnelles ne mettant pas en danger des citoyens au sein desquels les contestataires violents agissent pour tenter d'empêcher l'action efficace des unités dédiées. Il faut insister toujours plus sur l'effort de renseignement préalable et une pression judiciaire pérenne.

Qui sont les militants à l'origine de ces événements ? Comment se caractérisent-ils ?

Ce sont globalement des militants d'ultragauche. Mais la variété de la contestation violente aujourd'hui peut amener des antivax, des anti-passe, des anti-5G, des écologistes et animalistes radicaux, des membres de l'ultradroite ou des mécontents particulièrement turbulents à rejoindre ce type de rassemblements pour s'y agréger aux troupes de l'ultragauche et se fondre dans des escouades agissant à la mode black bloc. Dans le grand supermarché des radicaux de tout poil, il devient délicat de fournir un profil type. Il n'en reste pas moins que l'ensemble de ces turbulences sont articulées par une ultragauche qui s'est spécialisée dans la récupération des divers mécontentements, en particulier depuis la séquence «gilets jaunes».