Pas de géopolitique sans anthropologie. - Par Jean-Baptiste Noé

Quand, en géopolitique, des plans bien bâtis et bien conçus échouent, c’est qu’ils ont souvent omis la dimension anthropologique du sujet traité. 

Attaquer une ville est peu ou prou la même chose, quelle que soit la ville. En revanche, attaquer une ville ukrainienne n’est pas similaire au fait d’attaquer une ville syrienne. Dans le domaine du sport, il parait évident que l’on doit prendre en considération le style et le jeu de l’équipe adverse. France, Écosse ou Pays-de-Galles ont bien les mêmes caractéristiques : des équipes de 15 joueurs qui occupent exactement les mêmes postes. Mais ces 15 joueurs appliquent des schémas de jeu différents, avec un esprit du jeu différent. Pour gagner, il est indispensable de prendre en considération cet esprit du jeu. Chose qui n’est quasiment jamais faite en stratégie. La guerre en Irak, en Ukraine, en Lybie, en Somalie, semble être pour les stratèges une même guerre, où ne changeraient que les mises à jour des armes. Nulle idée bien souvent qu’un Irakien puisse se battre différemment d’un Ukrainien, avec des motifs politiques autres.

C’est l’erreur faite par les Russes lors de leur invasion de l’Ukraine. Sur le papier, leur armée était meilleure que celle des Ukrainiens, mais les Ukrainiens se battaient pour sauver leur terre quand les Russes, hormis pour la région du Donbass, occupaient la terre de l’autre. Quand on se bat pour sa terre, on est prêt à mourir jusqu’au dernier homme, même si l’on est en infériorité numérique. C’est la grande leçon également de la bataille de Bir Hakeim où une poignée de Français a résisté plusieurs jours à des Allemands beaucoup plus nombreux et mieux équipés. Ici, il est essentiel de prendre en considération la psychè et l’éthos des peuples avec qui l’on traite.