Jean-Sylvestre Mongrenier : «L'Otan est la structure adéquate pour garantir la sécurité et l'intégrité de l'Ukraine»

Andrij Melnyk, l'ambassadeur ukrainien en Allemagne, a affirmé dans une interview que son pays voulait rejoindre prochainement l'alliance atlantique. Pour le chercheur, la menace russe qui pèse sur l'Europe rend essentiel l'appui des États-Unis.


Jean-Sylvestre Mongrenier est chercheur à l'Institut Thomas More. Il est l'auteur du Monde vu de Moscou. Géopolitique de la Russie et de l'Eurasie post-soviétique, PUF, 2022

FIGAROVOX.- Une adhésion de l'Ukraine à l'Otan pourrait-elle faciliter les négociations avec la Russie ou à l'inverse ne risquerait-elle pas de rompre tout espoir d'accord de paix?

Jean-Sylvestre MONGRENIER. -
Il ne s'agit pas de faciliter des négociations mais de s'interroger sur les conditions objectives qui permettront à l'Ukraine de préserver sa liberté, sa sécurité et son intégrité territoriale. Force est de constater que le statut de «non-aligné», c’est-à-dire une forme de neutralité, celui de l'Ukraine après qu'elle avait levé sa demande d'adhésion à l'Otan, en 2010, a été violé par la Russie. Dès 2014, en s'emparant manu militari de la Crimée, puis en déclenchant une guerre dite «hybride» au Donbass qui n'a pas cessé depuis. Le 24 février, voilà trois mois, la Russie a lancé une offensive de grande envergure sur le territoire ukrainien, brisant à nouveau les engagements pris dans le cadre du Mémorandum de Budapest (1994) et dans celui du traité d'amitié russo-ukrainien (1997). Sans parler de l'Acte final d'Helsinki (1945) et de la Charte de la nouvelle Europe (Paris, 1990).

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Quant à la solution de la «finlandisation», longtemps présentée à Paris comme une martingale diplomatique, reportons-nous à la récente décision d'Helsinki de poser sa candidature à l'Otan. En fait, cette demi-satellisation avait été subie par la Finlande et ne faisait figure que de moindre mal (un moindre mal est toujours un mal). Moscou pesait sur la souveraineté extérieure de la Finlande mais aussi sa vie politique intérieure, et même sa vie intellectuelle et culturelle. Par exemple, il n'était pas question d'éditer Soljenitsyne à Helsinki ! Sitôt le bloc soviétique dissous et l'URSS disloquée, la Finlande s'est employée à sortir de la «finlandisation». De son côté, la Suède a également redéfini son statut de «non-allié», se réservant le droit de contracter une alliance.

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