La magie gouverne la politique française dans le domaine économique et social - Par Christian Saint-Étienne et Maxime Tandonnet

La magie gouverne la politique française dans le domaine économique et social, s’alarme Christian Saint-Étienne professeur titulaire de la chaire d’économie au Conservatoire national des arts et métiers.

Le poison de l’argent magique

Par Maxime Tandonnet

Voici un article remarquable de M. Christian Saint Etienne, économiste, dans le Figaro. (réservé aux abonnés). Il explique que la politique économique de la France se caractérise par la distribution massive de « l’argent magique ». La France consomme bien plus qu’elle ne produit. Les pouvoirs publics sont dans une logique de gabegie: ils font des chèques pour entretenir l’illusion du pouvoir d’achat, qui alourdissent la dette publique et donc les prélèvements obligatoires pour son remboursement qui étouffent l’économie réelle, dans un cycle infernal… Les dirigeants dilapident de l’argent qui n’a pas été gagné. Cet argent magique, sans contrepartie dans une économie réelle asphyxiée par le poids des prélèvements, masque une vertigineuse désindustrialisation et l’appauvrissement du pays qui s’exprime dans un déficit du commerce extérieur record, sans équivalent en Europe (même l’Italie est excédentaire) et la marche inéluctable vers un « scénario à la grecque ». Voilà à quoi servent les gesticulations, l’esbroufe, les coups de mentons vaniteux, les polémiques qui déchirent, soigneusement entretenues par un pouvoir plus prompt à exhiber ses plumes de paon qu’à relever le manche: couvrir le désastre et la course à l’abîme (cela n’est pas dans l’article, c’est moi qui l’ajoute). Mais le plus dramatique, c’est que les seules oppositions en situation de défier le gouvernement aux législatives (NUPES et RN) proposent des mesures qui vont encore plus loin dans le sens de la gabegie et la destruction de l’économie française que l’équipe actuelle. Et qu’au fond, une grande majorité des Français, intoxiqués par un travail d’abêtissement national, sont loin d’avoir conscience du drame qui est en train de se nouer.

«Distribuer du pouvoir d’achat sans produire, c’est préparer un scénario grec»

Par Christian Saint Etienne

Dans cette campagne législative, les différents candidats promettent une augmentation du pouvoir d’achat. Certains s’engagent même à porter le smic à 1500 euros nets et la retraite à 60 ans. Or le pouvoir d’achat est la capacité à acheter des biens et services en contrepartie des biens et services que l’on peut soi-même vendre, y compris sous forme de travail en contrepartie d’un salaire. Si l’on ne produit rien correspondant à une demande solvable, on ne peut rien acheter.

Il y a bien sûr la hausse des prix de l’énergie et des matières premières qui exige un effort accru de productivité et des aides ciblées, notamment par les entreprises, pour les travailleurs concernés. Mais il n’y a qu’en France et au Venezuela que l’on prétend, dans l’ensemble du spectre politique, créer du pouvoir d’achat à partir du vent ou, ce qui revient au même, avec de la dépense publique à crédit.

Deux faits sont surprenants. D’une part, que les élections ne soient devenues qu’un parcours de promesses au cours du dernier demi-siècle, avec une accentuation forte depuis les 35 heures que la gauche a sorti de son chapeau en 1997. La magie gouverne désormais la politique, la pudeur est aux oubliettes, et la lucidité mise aux fers, au fond de la cale avec les rats. D’autre part, dès lors, que l’on mente avec autant de modestie, finalement! Car pourquoi pas le smic à 7000 euros nets et la retraite à 48 ans. Voire 36 ans, après tout?

La France est le seul grand pays de la zone euro à avoir un énorme déficit extérieur. L’Italie elle-même est en excédent. Or lorsque l’on a un énorme déficit extérieur, c’est que l’on produit moins que ce que l’on consomme.