Ci-gît la Ve République. Mais y-a-t-il un sauveur dans l'avion pour la ranimer…? - Par Jean-Eric Schoettl

Le quinquennat et l’inversion du calendrier avaient étranglé la Ve République. Avec leurs négociations dignes des « grandes » heures de la IVe, Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon la poignardent.


Atlantico : Alors qu’une nouvelle campagne pour les législatives s'amorce après l'élection présidentielle, dans quelle mesure peut-on estimer que la mise en place du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral ont asphyxié la Vème République ?

Jean-Eric Schoettl :
La révision de 2000 sur le quinquennat, accompagnée du recalage des élections législatives au lendemain de la présidentielle, met fin (sous réserve des surprises que réserve l’avenir) au risque de basculement de la direction des affaires publiques d’une tête à l’autre du pouvoir exécutif. La cohabitation avait des inconvénients (le Président de la République se tenant en embuscade de la politique gouvernementale), mais permettait au Premier ministre, chef de la majorité, de déterminer et de conduire la politique de la Nation. Les trois fois (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002), cela s’est fait sans crise majeure, moyennant une lecture parlementaire de la Constitution, à laquelle celle-ci se prêtait du reste à merveille. En exaspérant la dimension présidentielle de la Veme République, la synchronisation des élections présidentielle et législatives (celles-ci suivant immédiatement celle-là) a produit des effets pervers qui ont déséquilibré le fonctionnement des institutions plus gravement que la réalisation épisodique du risque de cohabitation. Ces effets pervers se sont révélés à l’usage : un Chef de l’Etat obligé de descendre constamment dans l’arène et de s’ingérer dans le détail des politiques publiques ; une focalisation, sur sa personne, de toutes les frustrations du corps social, le conduisant à préférer la communication à l’action ; une dévitalisation du rôle du Premier ministre ; une dévalorisation de l’Assemblée nationale dont les membres sont élus non pour eux-mêmes, mais parce que porteurs de la marque présidentielle.