Taïwan: «Entre Washington et Pékin, une certaine retenue mutuelle se fait jour» - Par François Godement
Les déclarations récentes de Joe Biden à propos de Taïwan, a priori contradictoires, montrent son choix d’un discours à la fois ferme et mesuré envers la Chine, explique le sinologue François Godement.
François Godement est historien et conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne (think-tank). Dernier ouvrage paru: «Les Mots de Xi Jinping» (Dalloz, 2021).LE FIGARO. - En visite à Tokyo, Joe Biden a répondu par l’affirmative à un journaliste qui lui demandait si les États-Unis interviendraient militairement en cas d’attaque de Taïwan par la Chine, quitte à sembler se raviser le lendemain. Son propos initial représente-t-il une rupture?
François GODEMENT. - C’était une confirmation nette et sans fioritures de déclarations assez fermes qui ont déjà été faites. Joe Biden avait déjà été interrogé sur la portée de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, et avait alors mis sur le même pied dans sa réponse le Japon, la Corée… et Taïwan. La question ici est celle d’une «implication militaire» des États-Unis, et pas seulement d’un soutien indirect. Il s’agit d’un degré d’intervention qui irait au-delà de ce qui est actuellement accordé à l’Ukraine.
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On observe par ailleurs que, depuis des années, les États-Unis pratiquent moins, dans leurs déclarations sur Taïwan, l’ambiguïté stratégique qui est souvent considérée comme leur doctrine. Dans cette doctrine, les États-Unis ne garantissaient pas leur intervention militaire. Ils pratiquaient ainsi un équilibre entre la dissuasion à l’égard d’une agression chinoise et la réserve en cas d’initiative intempestive de Taïwan - par exemple une déclaration d’indépendance. À plusieurs reprises, Joe Biden est sorti de cette ambiguïté, quitte à y revenir ensuite.
