Thierry Wolton : «Pourquoi il n’y a pas eu de procès de Nuremberg du communisme soviétique»
Une condamnation morale solennelle du communisme soviétique et un jugement des criminels, réclamés dans les années 1990 par certains dissidents russes, étaient très difficiles à mettre en œuvre et n’ont pas été entrepris. Mais un tel renoncement a contribué à rendre possible l’avènement d’un Poutine et à légitimer son action et ses méthodes, explique l’essayiste et historien.
La violence des méthodes de guerre utilisées par la Russie en Ukraine nous renvoie à une époque que nous espérions révolue en Europe, comme si les pendules s’étaient arrêtées. Dans une certaine mesure, c’est le cas, non pas au temps de la «Grande Guerre patriotique» de 1941-1945, comme veut le faire croire Poutine avec ses propos sur la «dénazification», mais en 1991, à la chute de l’URSS. Faute d’avoir mesuré l’impact de cet événement, faute d’avoir tiré le bilan de ce qu’ont été pour les peuples concernés les décennies passées sous ce régime, faute pour les démocraties occidentales d’avoir mesuré les souffrances accumulées, nous assistons comme à un retour de l’histoire, sidérés par tant de cruautés venues précisément de ce passé non soldé.
Après 1991, la page du communisme a été tournée avec soulagement sur presque tous les continents. Quelques dissidents qui avaient sacrifié leur liberté à combattre ce système ont bien réclamé la tenue d’un procès de Nuremberg du communisme, mais l’idée fut rejetée pour plusieurs raisons.
À LIRE AUSSI Thierry Wolton: «Il faut aussi combattre le négationnisme de gauche!»
Contrairement au nazisme, le communisme n’a pas été défait par les armes en URSS, il s’est effondré de lui-même, victime de ses contradictions, du fracas de ses promesses sur le mur des réalités. Qui juger en pareilles circonstances, quand les principaux responsables, les léninistes de la première heure, les staliniens de l’époque de la guerre froide, n’étaient plus là pour rendre des comptes? La realpolitik exigeait que les pays libérés du communisme n’entrent pas en guerre civile, opposant ceux qui avaient joui du système à la majorité des victimes. La stabilité et l’oubli ont été préférés à la justice.
