La puissance militaire russe à l’épreuve de la guerre en Ukraine : Situation, propagande et réalités - par Jean-Sylvestre Mongrenier

Nous vivons la fin d’un monde. En envahissant l’Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine ferme le ban. Inaugurée par l’effondrement de l’Union soviétique, l’époque défunte fut celle de la « fin de l’histoire » et de la « mondialisation heureuse ». De fait, cette période fut heureuse, sans qu’on le réalise toujours (« Le bonheur, dit-on, c’est ce qu’on perd »). En cette époque où l’on ne se voulait plus d’ennemi – les groupes islamo-terroristes n’étaient pas jugés dignes de cette appellation –, on crut que les arbres monteraient jusqu’au ciel. La désillusion est brutale ? Il fallait scruter l’horizon du « désert des Tartares».


Tout comme la Chine populaire, la Russie préparait de longue main un programme géopolitique d’envergure. Et le retour du refoulé s’accomplit par la mise en œuvre d’un projet de puissance médité, agressif et hostile à l’Occident. Et la vision russe de la puissance (la derjava) est principalement militaro-guerrière. Pourtant, le cours pris par la guerre en Ukraine, depuis l’invasion « full spectrum » lancée par Vladimir Poutine, le 24 février 2022, a également surpris : la machine militaire russe montre ses limites et la possible victoire de l’armée ukrainienne ne semble plus un espoir politico-stratégique infondé. Rapidement, un front diplomatique occidental a pris forme, la zone euro-atlantique et le théâtre méditerranéen prenant l’allure d’un « grand arrière ». Bref, l’Ukraine n’est pas seule.

Mais en vérité, l’issue de cette guerre demeure incertaine, et la partie géopolitique est bien plus large. Aussi la situation doit-elle être scrutée et envisagée sous différents angles, selon différents ordres de grandeur.