L’Europe redécouvre la réalité des conflits: l'épée à la main - Par Jean-Baptiste Noé
L’esprit de défense.
Quand la guerre survient, il est trop tard pour y faire face. La paix et la liberté ont un coût, qui s’appelle la dissuasion. Investir dans une armée nécessite un véritable investissement financier et culturel qu’il faut réaliser en amont des guerres, pas pendant. C’est aussi un véritable « esprit de défense » qu’il faut créer, qui repose sur un humus culturel qui seul donne envie à des jeunes de s’engager dans l’armée et d’y faire carrière. Cet esprit de défense passe par la connaissance de l’histoire de France, de ses batailles victorieuses comme de ses défaites. Il suppose de disposer de lieux de formation, écoles et lycées, de professeurs, de lieux de mémoire où est marquée l’histoire militaire de la France, qui est l’histoire de sa survie et de sa construction. Pour réconcilier la France de l’Ancien Régime et celle de la Révolution, Louis-Philippe fit édifier à Versailles un musée de l’histoire de France et une galerie des batailles où, de Tolbiac à Napoléon, s’écrit la formation du pays. Certains se sont demandé si en cas de guerre l’armée de terre disposerait d’assez de munitions. C’est une question importante certes, mais vaine. La clef de l’esprit de défense n’est pas technique, mais culturelle.
Pouvons-nous porter l’épée ?
Pouvons-nous porter l’épée ?
La véritable question posée par la guerre en Ukraine est de savoir si nous, en cas de guerre, serions prêts à faire les sacrifices nécessaires pour repousser l’adversaire et remporter la victoire. Pour parler simplement, sommes-nous prêts à quitter le confort de nos habitations pour l’inconfort de la boue et du sang ? Nous admirons le courage des Ukrainiens qui défendent leur nation ? Combien de Français seraient prêts à mourir non pour eux, mais pour quelque chose de plus grand qu’eux qui suppose un effort collectif ? Un pays qui s’est claquemuré dans la peur deux ans durant est-il apte à supporter l’épreuve du feu ? Ce type de guerre ne se mène pas avec des attestations de sortie et des masques. La guerre n’est pas que l’affaire des militaires, la vraie guerre, celle d’un pays attaqué, suppose que les civils y participent aussi, au prix de leur vie. On loue beaucoup l’effort et le sacrifice dans le sport, notamment quand le XV de France remporte le Grand Chelem. Mais ces valeurs se dissipent quand il faut les appliquer à la vie civile. Nous n’aimons pas la guerre et le meilleur moyen de l’éviter est de s’y préparer, non d’en nier l’existence. C’est-à-dire d’accepter d’avoir l’épée à la main.
