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Contrepoints

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La Nation. Une ressource d’avenir (Artège) - Par Philippe d'Iribarne et Bernard Bourdin

Qu’est-ce que la Nation ? Au sens philosophique du terme ? Et en France, qu’en a-t-on fait ? Peut-on même encore parler de Nation française ?

Une mutation de la sensibilité collective a conduit le citoyen des pays de l’Union européenne à devenir le sujet d’un pouvoir qui veille sur lui et, au nom des droits de l’homme, paralyse l’exercice de la souveraineté, argumente le sociologue Philippe d'Iribarne, qui publie, avec le philosophe Bernard Bourdin, La Nation. Une ressource d’avenir (Artège).

Dans notre histoire, la nation a longtemps constitué un facteur décisif d'émancipation face aux empires et au pouvoir de l'Église universelle, avant d'être désignée comme coupable de toutes les guerres modernes. Cette dialectique simpliste est aujourd'hui battue en brèche, tandis que les nations européennes se trouvent plongées dans l'impasse d'un monde post-politique qui a prétendu faire triompher la paix et les Droits de l'homme grâce au dépassement de la nation. S'exprime désormais le besoin de penser à nouveaux frais la question de la souveraineté et de la cohérence des communautés politiques, spécialement quand les enjeux liés à l'immigration et au multiculturalisme mettent en évidence la nécessité de retrouver une substance commune.
Cet essai engagé présente la nation comme une ressource d'avenir pour répondre à ces défis et défend la thèse que son renouvellement comme cadre politique émancipateur, dans une approche confédérale et non fédéraliste de l'Union européenne, peut fournir les clés qui permettront aux nations européennes de traverser les bouleversements du monde pour rester dans l'Histoire.

Professeur de philosophie politique, spécialiste d'histoire des religions et de théologie politique, le chercheur et universitaire Bernard Bourdin a notamment conduit de nombreux travaux sur les relations entre politique et religion et sur le lien entre nation et souveraineté.
Directeur de recherche au CNRS, économiste et anthropologue, Philippe d'Iribarne est l'auteur de nombreux ouvrages touchant aux défis contemporains liés à la mondialisation et à la modernité (multiculturalisme, diversité du monde, immigration, etc.).


Philippe d’Iribarne: «La souveraineté du peuple est devenue un objet de méfiance»


LE FIGARO. - La nation, jadis vue comme un cadre émancipateur, est aujourd’hui regardée avec dédain par nombre de nos contemporains. Comment l’expliquer?

Philippe D’IRIBARNE. -
La résistance héroïque du peuple ukrainien face à l’envahisseur russe vient de permettre à la nation de regagner quelque faveur. Revient alors en mémoire tout ce qu’a représenté, depuis des siècles, l’émancipation des nations à l’égard des empires, du Saint Empire romain germanique à l’Empire soviétique, en passant par l’Empire austro-hongrois. Le «principe des nationalités» qui a triomphé après la Première Guerre mondiale lors du traité de Versailles, le «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» qui lui est associé, ont été longtemps célébrés.

Mais ce passé glorieux tend à être oublié en dénonçant l’attachement aux nations, assimilé au nationalisme, comme facteur de guerre. De plus, dans un temps où les droits de l’individu sont magnifiés, le pouvoir du peuple en corps qui s’exerce au sein d’une nation, la notion de volonté générale exprimée par une majorité, font peur.

Bernard Bourdin : "La Nation, ce frein qu’il faut faire sauter"


Chef d’œuvre en péril, monstre du Loch Ness ? Qu’est devenu cet animal venu d’ailleurs au goût étranger, la Nation ? Un livre vient de paraître, La Nation : une ressource d’avenir (éd. Artège) signé Philippe d’Iribarne et Bernard Bourdin. Un livre succinct mais nécessaire, pour rappeler le contexte que l'on vit depuis des siècles, pour rappeler comment la France s’est dégagée de l’Empire, des Églises. Un livre qui rappelle enfin les principes fondateurs de notre système politique.

La Nation française mise à mal

Que sont devenus ces principes ? C’est pour tenter de répondre à cette question que l’un des co-auteurs du livre, Bernard Bourdin, est l’invité de Sud Radio mardi 24 mai. Professeur de philosophie politique et auteur, Bernard Bourdin rappelle face à André Bercoff, qu’étymologiquement, la Nation, "c’est là où on est né". "Au cours des siècles, la notion a été très évolutive, et plutôt que d’en faire une notion rigide, à tort, qui se ramènerait au nationalisme identitaire, en réalité, c’est une notion très flexible qui a pris plusieurs significations au cours de l’Histoire et en fonction des pays", explique-t-il.

En France, précise Bernard Bourdin, la définition d’origine de Nation française est mise à mal. "C’est l’ensemble du peuple qui fait partie de la Nation. Il y a une fusion peuple et Nation avec la Révolution française. Peuple et Nation sont des notions indissociables", rappelle le professeur de philosophie politique. Des notions mises à mal. Dès lors, il devient beaucoup plus difficile aujourd’hui de définir la Nation française. "On entre alors dans une définition archipellisante. C’est un terme de convenance, mais la Nation est devenue assez indéfinissable. L’objectif de notre livre est de la redéfinir", précise Bernard Bourdin.

Dernier obstacle aux désirs personnels ?

"Ce phénomène existe depuis 1968. On a un discours sur les droits de l’homme qui est moins une philosophie qu’une idéologie d’émancipation. Et donc la Nation apparaît comme le dernier frein qu’il faut faire sauter", analyse le professeur de philosophie politique. La Nation devient trop particularisante face à des individus qui recherchent la satisfaction de leurs désirs personnels, qui revêtent ainsi une forme universelle. Et Bernard Bourdin de citer l’exemple de l’immigration : "les Nations deviennent des autoroutes puisque de toute manière, la Terre est à tous".

Face à cela, on sent aujourd’hui un réveil des Nations. L’exemple le plus flagrant et le plus actuel, c’est l’Ukraine. Et la Russie auparavant. "Il y a une conscience nationale collective très claire. Mais le mot n’a pas le même sens. Il se couple, dans le cas de la Russie et de la Chine, avec le vieux mythe impérial. C’est la Nation-empire. L’Ukraine est un cas intéressant. C’est un pays qui parle sa propre langue depuis une dizaine d’années. Et on voit la montée en puissance d’une conscience nationale. On voit bien la Nation comme facteur d’émancipation", explique Bernard Bourdin.

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