Politique énergétique: notre prochaine bataille - Par Charles Beigbeder

Qu’adviendra-t-il si la France échoue à faire prévaloir sa position ? Il ne nous restera plus alors – comme le président de la Commission de Régulation de l’Énergie nous y invitait dans une interview du 28 mars – qu’à « baisser le chauffage, la climatisation, les lumières » en prévision des hivers difficiles qui nous attendent.


Plus personne n’ignore que le conflit en Ukraine a très fortement accéléré la hausse brutale des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité dont nos économies avaient déjà subi l’impact à la fin de l’année dernière. Les tentatives maladroites de l’Union européenne pour sanctionner la Russie sans pénaliser de manière excessive l’économie allemande ont du moins eu le mérite d’imposer aux médias un sujet habituellement réservé aux seuls experts : celui de l’approvisionnement de la France en énergie. Nos décideurs se trouvent désormais contraints de prendre clairement position sur les moyens de limiter l’impact de la crise actuelle sur le budget des ménages. Reste à savoir si cette tardive prise de conscience débouchera sur des choix politiques conformes aux intérêts de la France.

Il est heureux que les pouvoirs publics n’aient pas cherché à minimiser la gravité de la situation : Bruno Le Maire n’est-il pas allé jusqu’à la comparer au choc pétrolier de 1973 ? Malgré tout, l’inquiétude monte dans l’opinion. Nos dirigeants ont donc déployé des trésors d’imagination et des ressources budgétaires apparemment sans limites dans l’espoir d’apaiser la colère des électeurs. La Commission européenne a proposé pour sa part de regrouper les achats d’hydrocarbures des pays de l’Union. Ce projet a été accueilli avec scepticisme : l’expérience des achats de vaccins a démontré ce que vaut la solidarité européenne. L’efficacité d’un tel mécanisme paraît d’autant plus douteuse que nos autres fournisseurs de gaz (Norvège, Algérie) n’ont pas la capacité de compenser les 140 milliards de mètre cubes de gaz russe importés chaque année (40% de la consommation européenne). Quant au GNL importé des Etats-Unis ou du Qatar, il faudra des mois voire des années pour construire les terminaux méthaniers indispensables pour le regazéifier.