La gauche française est dangereuse pour la démocratie et voilà pourquoi - Par Jean Petaux et Olivier Vial

La gauche, si elle n’a pas le monopole du sectarisme, fait l’impasse sur une équation importante de la vie politique actuelle : est-il raisonnable, au regard du prix démocratique à payer, de continuer à militer pour une exclusion du Rassemblement national du champ républicain ?

Atlantico : En excluant agressivement le RN du champ républicain, alors même que celui-ci donne sans cesse davantage de gage de normalisation, la gauche ne fait-elle pas preuve d'un sectarisme potentiellement dangereux pour la démocratie ? Que sait-on du prix démocratique qu'il faudra payer pour continuer à exclure le Rassemblement national, par exemple ?

Olivier Vial : Ce prix, c’est d’abord la gauche, et plus précisément le parti socialiste, qui l’a payé. L’intransigeance et le sectarisme de Jean-Luc Mélenchon ont conduit à disqualifier leur candidate, Lucie Castets, qui aurait pu, si elle avait fait preuve d’ouverture, être désignée. Ensuite, c’est l’hypothèse Bernard Cazeneuve qui a été torpillée pour les mêmes raisons. Mais cette volonté d'exclure le Rassemblement national est consubstantielle à l'histoire même de la gauche. Elle a besoin d’un ennemi pour exister ! Elle aime à se présenter comme une autorité morale supérieure, seule légitime à définir ce qui est bon et ce qui ne l'est pas pour le peuple. Cette croyance remonte jusqu’à Jean-Jacques Rousseau à travers la notion de volonté générale, qui est pour Rousseau à l'origine du contrat social. La volonté générale ne repose pas sur la somme des volontés particulières, ni même sur l’expression de la volonté de tous. Elle doit être l’expression de l’intérêt général, et pour que celui-ci soit révélé, il y a tout un processus à respecter, qui vise notamment à exclure certains intérêts ou certaines opinions ; il évoque la nécessité d’exclure de la définition de cette volonté « les plus et les moins qui s’autodétruisent ». La gauche se pose ainsi en position d’arbitre ; elle est moins là pour représenter le peuple que pour le guider vers ce qu’elle a décidé être le bien et l’intérêt général. De la Terreur incarnée par Robespierre à la stratégie du Front républicain, en passant par la défiance des classes populaires théorisée par la fondation Terra Nova, la gauche veut toujours fixer les limites de ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, de ceux qui sont fréquentables et respectables et de ceux qui ne le seront jamais.

Jean Petaux : En matière de sectarisme, pour paraphraser la formule devenue culte de Valéry Giscard d’Estaing à l’adresse de François Mitterrand, lors du premier face-à-face d’entre les deux tours de l’élection présidentielle, en mai 1974 : « La gauche n’a pas le monopole du sectarisme ». Une bonne fois pour toute il faut considérer que les postures et les anathèmes sont aux partis politiques ce que l’air est aux êtres humains : la condition de leur survie. Et cela ne vaut pas que pour les partis de gauche… Ceux de la droite de gouvernement, ceux de la droite nationale et/ou extrême sont également dans ce même état comportemental et politique. Sans remonter à l’antéchrist, rappelons quand même que pendant des années, entre 1971 et 1981, les politiques de droite se complaisaient à stigmatiser les « socialo-communistes », les assimilant aux Bolcheviks et aux « Moscouvites soviétiques » allant jusqu’à dire, sans rire, que la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1974 et de 1981 (alors que l’état-major du PCF, en 1981, appelait, en sous-main, à voter Giscard contre Mitterrand), allait faire venir les « chars de l’Armée rouge » à Paris dans les jours qui suivraient la victoire du candidat socialiste. Sachons donc garder la mesure des choses.Ce qui est certain, en revanche, c’est que la stigmatisation du RN comme étant un parti en dehors de « l’arc républicain » n’a plus aucun sens et surtout plus aucune efficacité. Ce ne sont pas ce que vous appelez les « gages de normalisation » du RN qui expliquent cette perte de sens et d’efficience. C’est tout simplement ses succès électoraux. Quand la somme des voix recueillies par les candidats portant l’étiquette d’un parti, quel qu’il soit, quel que soit son programme et ses idées, dépasse 11 millions de suffrages, il faut être totalement aveugle pour dire que ce parti est en dehors du jeu politique et qu’il est antidémocratique. Ou alors il faut aller au bout du raisonnement : « dissoudre » la partie du peuple qui a « osé » faire que ce parti soit le premier parti politique français en voix et en nombre de députés élus.

En réalité la gauche française n’est pas seulement sectaire dans son analyse politique (encore une fois, elle montre ainsi une qualité largement partagée par les autres franges du paysage politique français, y compris d’ailleurs le parti de Madame Le Pen), elle (la gauche française) est tout simplement bête et inefficace. Je ne dirais pas qu’elle est en passe de devenir le gauche « la plus bête du monde » mais elle est en situation de monter sur le podium olympique de ce challenge.