L’étatisme, cette incurable et coûteuse maladie française - Par Jean de Kervasdoué
Les politiques de santé conduites ces cinquante dernières années illustrent l’étatisation progressive de la France et expliquent sa paralysie. Par Jean de Kervasdoué.
Or, le camp des étatistes de droite comme de gauche l'a emporté. Ainsi, à une exception majeure, les politiques de santé conduites depuis un demi-siècle illustrent l'étatisation progressive de la France et expliquent sa paralysie que beaucoup souhaitent encore aggraver. Il faudrait toujours plus d'État.
Des contraintes réglementaires renforcées
Après la création des CHU en 1958, la grande loi hospitalière de l'après-guerre remonte au 31 décembre 1970. Elle instaure notamment la carte sanitaire, c'est-à-dire un système de planification et d'autorisation dont l'objectif annoncé était l'équitable accès aux soins. À l'instar du système d'autorisation imaginé par Vichy pour l'ouverture des pharmacies, toute ouverture de lits, toute installation d'équipements dits « lourds » requièrent depuis une autorisation préalable. Ce mécanisme a été maintes fois réformé et renforcé, la dernière mouture date de 2016.
Qu'en est-il des décennies plus tard ? Rien, si ce n'est le pire : les inégalités préexistantes se sont maintenues, voire aggravées. Comme en 1940, il y a toujours deux fois plus de pharmacies dans le sud que dans le nord de la France. Plus lourd de conséquences, selon les départements ou les régions, le nombre de lits par milliers d'habitants est aussi inégalitaire qu'en 1970 et, plus parlant encore, les équipements lourds qui sont apparus dans les années 1970 (scanners) ou 1980 (IRM), après donc la carte sanitaire, ont, selon les départements, une densité qui varie d'un à plus de trois. Pour se limiter à quelques chiffres, le nombre de lits de chirurgie pour 100 000 habitants est de 39 dans l'Eure, 48 dans l'Ain, 176 en Meurthe-et-Moselle et 218 à Paris ; pour les lits de médecine, toujours pour 100 000 habitants, l'écart va de 109 à 346. Les inégalités sont encore plus manifestes pour les places en Ehpad et les lits de long séjour.
Après une formation française en agronomie (INA Paris) et en écologie (Engref Paris et Nancy), puis une formation américaine en économie (MBA et PhD à l'université Cornell), Jean de Kervasdoué a été chercheur, enseignant, haut fonctionnaire, créateur d'entreprise. Après plusieurs années à l'Assistance publique de Paris et au centre de recherche en gestion de l'École polytechnique, il a participé comme conseiller technique au premier cabinet de Pierre Mauroy en 1981. Il fut ensuite, notamment, le directeur des hôpitaux au ministère de la Santé (1981-1986) et, à ce titre, à l'origine de plusieurs réformes. Consultant international, professeur invité à l'université Yale, créateur de l'école Pasteur-Cnam de santé publique, il a publié de nombreux articles et ouvrages sur les systèmes de santé et la critique de l'écologie politique. Il est membre de l'Académie des technologies, professeur émérite du Cnam et journaliste au Point. Son dernier ouvrage est La Santé à vif (humenSciences, 2023).
