Nicolas Baverez : «Immigration, recherche politique désespérément»
Alors que l’Allemagne vient de rétablir les contrôles aux frontières et que les Pays-Bas préparent une loi d’urgence sur l’immigration, la France reste le seul pays d’Europe qui ne dispose d’aucune politique migratoire. Par Nicolas Baverez.
L’immigration est devenue la première préoccupation des citoyens en Europe comme aux États-Unis. La multiplication des guerres qui n’ont jamais été aussi nombreuses depuis 1945, le foisonnement des régimes autoritaires, les échecs du développement, l’accélération du réchauffement climatique provoquent en effet le renouveau des grandes migrations. Ainsi, en 2023 comme en 2022, plus de 6 millions de personnes ont émigré vers les pays développés. Cet afflux de population télescope de plein fouet la crise économique et sociale des démocraties, freine l’intégration et contribue à la montée de la violence et de l’insécurité, alimentant le vote d’extrême droite.
L’Europe, vieillissante, riche, disposant d’un État de droit qui garantit les libertés ainsi que d’une protection sociale exceptionnellement généreuse, est tout particulièrement concernée du fait de sa proximité avec l’Afrique. En 2050, notre continent ne comptera plus que 480 millions d’habitants âgés de 48 ans en moyenne, quand la population de l’Afrique atteindra 2,5 milliards d’habitants âgés de 19 ans en moyenne.
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En 2023, 385.000 personnes sont ainsi entrées illégalement dans l’Union, à 96 % par voie maritime, et 1,14 million de demandes d’asile, majoritairement infondées, ont été déposées. Pour autant, le pacte sur la migration et l’asile, voté in extremis le 10 avril 2024 à la veille des élections européennes, pour endiguer la poussée des partis populistes, pérennise l’inefficacité chronique de la politique migratoire de l’Union. Il prévoit en effet un filtrage aux frontières qui reste virtuel et institue une solidarité des pays en cas de crise qui ne résout en rien les deux problèmes fondamentaux du contrôle des flux et de l’intégration des immigrés.
