Russie-Mongolie : des servitudes qui pèsent sur la diplomatie mongole - Par Jean-Sylvestre Mongrenier

La visite les 2 et 3 septembre derniers de Vladimir Poutine en Mongolie (pays indépendant, à la différence de la « Mongolie-Intérieure », occupée par la Chine populaire) n’aura que brièvement attiré l’attention vers la « nation des steppes ». Sinon pour regretter que la Mongolie soit le premier pays signataire du traité de Rome — qui a établi la Cour pénale internationale (CPI) — à accueillir le maître du Kremlin, sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Au vrai, la latitude d’action de la Mongolie est faible, et celle des Occidentaux manque d’amplitude.


Vaste État d’une superficie trois fois supérieure à celle de la France (1,5 million de km² pour 3,5 millions d’habitants), la Mongolie n’apparaît pas moins comme un territoire enclavé, entre la Russie au Nord et la République populaire de Chine au Sud. Lorsque la Mongolie met à profit la bascule de la Chine impériale dans le désordre et la guerre, après la révolution de 1911, et qu’elle proclame son indépendance, ses dirigeants se tournent vers la Russie tsariste, vue comme alliée et protectrice. Au cours de la guerre civile russe qui suivit le coup d’État bolchévique (la révolution d’Octobre, en novembre 1917), les troupes chinoises qui occupent à nouveau la Mongolie sont expulsées par un général contre-révolutionnaire, le célèbre baron Ungern-Sternberg1. Celui-ci est chassé du pouvoir par les bolcheviks, alliés aux nationalistes mongols, ces derniers prenant la direction du pays. En 1924, après la mort du Bogd Khan (le chef spirituel des Mongols), les dirigeants mongols décident d’adopter le modèle soviétique de développement. L’alliance entre la Mongolie et l’URSS devient explicite et elle persiste jusqu’en 1990. Au cours de cette période, le soutien politique et économique de l’URSS est massif, la Mongolie incorporant par la suite le COMECON (1962). Dès 1936, Moscou affirmait explicitement que l’URSS défendrait l’indépendance et la souveraineté de la Mongolie contre une éventuelle attaque chinoise.

La présence continue de la Russie

L’affaiblissement des liens avec la Russie se produit dès 1990. Malgré le traité d’amitié et de coopération signé par Moscou et Oulan-Bator, la Russie post-soviétique de la décennie qui suit la dislocation de l’URSS (1991) n’a pas les moyens de conduire une politique active en Mongolie. Les dirigeants mongols amorcent une politique dite du « troisième voisin », celle-ci consistant à entretenir des rapports cordiaux tant avec Pékin qu’avec Moscou, tout en développant ses relations avec des tiers (le « troisième voisin ») : d’autres pays asiatiques (le Japon, la Corée du Sud et l’Inde, définie comme « voisin spirituel »), des partenaires européens (France, Allemagne) ou encore les États-Unis, qui constituent le principal « troisième voisin » susceptible de venir contrebalancer les rapports avec la Russie et la République populaire de Chine. Dans cette configuration d’ensemble, la Russie est donc plus un partenaire et un élément d’équilibre qu’un allié stricto sensu. Toutefois un « partenariat stratégique » est signé en 2009, et les armées russes et mongoles organisent des exercices réguliers (exercices « Darkhan » de 2008 à 2010, « Selenga » depuis 2011), notamment dans le désert de Gobi. Enfin, les grands groupes russes sont massivement présents dans le secteur minier (or, argent, cuivre, uranium), les approvisionnements énergétiques (pétrole) et de grands projets de transport (projet de liaison ferroviaire entre la Mongolie et la façade Pacifique).