Maxime Tandonnet : «Il faudra juger le gouvernement Barnier à ses actes et rien d'autre»
Dette, sécurité, frontières, pouvoir d'achat, industrie, école… Le nouveau gouvernement, dont Michel Barnier vient d’annoncer la composition, devra être jugé sur sa capacité à traiter des grands enjeux, et non à sa couleur politique, estime l’historien spécialiste de la Ve République, Maxime Tandonnet.
Lire également : Nouveau gouvernement et intense perplexité | Maxime Tandonnet – Mon blog personnel (wordpress.com)
Le procès en illégitimité qui est fait au gouvernement Barnier, notamment par la gauche du Nouveau front populaire (NFP) et le Rassemblement national, ne repose sur aucun fondement. Nulle part dans la tradition républicaine française depuis 1870, il n'est écrit que dans l'hypothèse d'une Assemblée nationale fragmentée, le chef de l'État désigne le premier ministre au sein de la coalition la moins minoritaire. De fait, le chef du gouvernement est toujours choisi selon les circonstances, en fonction de son acceptabilité par l'Assemblée nationale dans son ensemble, de la quête d'un point d'équilibre et son aptitude à gouverner en constituant lui-même des majorités. Exemple (parmi de multiples) : le 10 novembre 1946. Le parti communiste gagne nettement les élections devant le MRP (centriste) et la SFIO (parti socialiste). Pourtant, le chef de gouvernement désigné ne fut pas le communiste Maurice Thorez, mais Léon Blum de la SFIO.
Sous la Ve République, l'hypothèse d'une Assemblée nationale morcelée, sans aucune majorité claire, ne s'était jamais produite et le cas de figure actuel ressemble bien davantage aux modèles des IIIe et IVe Républiques qu'à celui de la Ve telle que nous l'avons connue jusqu'à présent. Mais il ne fait aucun doute que le choix du premier ministre demeure une prérogative souveraine du chef de l'État.
Le procès en illégitimité du gouvernement de Michel Barnier est donc infondé. Mais il est tout aussi évident que sa position est infiniment précaire. La base politique du nouveau premier ministre se limite à 47 députés de la droite LR. Même en additionnant ces derniers aux 168 députés macronistes, on est loin d'une majorité absolue. À tout moment, un vote conjoint de la gauche NFP et du Rassemblement national peut aboutir à la chute de ce gouvernement de «bloc central», otage de sa gauche comme de sa droite.
Maxime Tandonnet : «Il faudra juger le gouvernement Barnier à ses actes et rien d'autre» (lefigaro.fr)
