Ministère de l’immigration : «Cessons de déléguer des missions régaliennes à des structures privées ou à des associations !» - Par Amine Elbahi
Amine Elbahi, juriste en droit public et chargé d'enseignement à l'université, plaide pour la création d'un ministère de l'Immigration doté de compétences propres, sous l'impulsion de Michel Barnier.
Amine Elbahi est juriste en droit public, chargé d'enseignement en droit à l'université de Lille, et auteur du livre Je ne me tairai pas ! (Robert Laffont 2022). Il a été candidat LR dans le Nord lors des législatives 2022.La nomination de Michel Barnier à Matignon ouvre une perspective de changement dans la gestion de la politique migratoire. Une lueur d'espoir peut-être pour une France en quête de clarté et de fermeté dans la gestion de ses défis migratoires. Ce choix, attendu par une majorité silencieuse, mais toujours plus méfiante, doit marquer le début d'un sursaut politique. Il ne s'agit pas simplement d'apaiser les craintes légitimes des 11 millions d'électeurs du Rassemblement national, mais bien de rétablir la confiance d'un peuple dans ses dirigeants, de faire preuve d'autorité et de cohérence. Michel Barnier, par son parcours, sa stature européenne et sa capacité à parler sans détour, peut incarner cette figure capable de guider le pays vers des réformes structurelles. La France a trop longtemps tergiversé, trop longtemps fermé les yeux sur la question cruciale de l'immigration. Nous sommes aujourd'hui à un tournant décisif où l'immobilisme n'est plus une option. Il faut désormais agir avec lucidité, courage et détermination.
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Le débat n'est plus de savoir si l'immigration constitue un défi, mais de déterminer comment y répondre avec la fermeté requise. La France a besoin de réarmer son État, de le doter des moyens nécessaires pour reprendre en main cette question cruciale. L'idée de réintroduire un ministère régalien spécifiquement consacré à l'immigration, avec des compétences autonomes et un mandat clair est remise sur la table. Cette idée, autrefois incarnée par le ministère de l'Immigration et de l'Intégration sous Nicolas Sarkozy, refait surface avec pertinence. Loin d'être un gadget politique, ce ministère est aujourd'hui indispensable pour orchestrer un véritable rétablissement de l'autorité républicaine dans le domaine migratoire. Car, pour répondre aux attentes des Français, il ne s'agit pas simplement de mesures cosmétiques, mais bien d'une reconquête de notre souveraineté nationale, qui commence par la maîtrise de nos frontières. Michel Barnier l'a justement rappelé dans son discours de passation « il est temps de dire la vérité aux Français ». Chaque année, plus de 100.000 obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont prononcées, et pourtant, la grande majorité d'entre elles ne sont jamais exécutées. L'échec de ces expulsions n'est pas seulement le résultat d'une incapacité administrative, mais bien le reflet d'une faiblesse diplomatique. Pour qu'une OQTF soit effective, l'étranger concerné doit être muni d'un document de voyage. Lorsqu'il possède un passeport, l'expulsion est facilitée. Mais, dans l'absence de ce document, il devient nécessaire de solliciter un laisser-passer consulaire auprès du pays d'origine. Mais pourquoi continuons-nous à distribuer des visas aux ressortissants de pays qui refusent de reprendre leurs clandestins en contrepartie ? Cette absurdité diplomatique doit cesser. Il en va de notre honneur et de notre fermeté. Si certains États refusent de jouer le jeu, alors nous devons adapter notre réponse qu'en contrepartie d'un laissez-passer consulaire obtenu pour l'exécution d'une décision d'expulsion. Telle est la proposition. Simple, claire et intransigeante. La diplomatie n'est efficace que lorsqu'elle s'appuie sur un rapport de force bien établi. Cette action doit être mobilisée avec nos partenaires européens.
