«L’inquiétant bilan économique, budgétaire et social de la politique d’immigration en France» - Par Nicolas Pouvreau-Monti

Le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie dresse un bilan comparatif des chiffres de l’immigration en Europe. Les migrants accueillis en France sont moins intégrés aussi bien culturellement que sur le marché du travail, souligne-t-il.


« Il y a toujours le sentiment que les frontières sont des passoires, que les flux migratoires ne sont pas maîtrisés. Nous allons donc les maîtriser avec des mesures concrètes. » Dans son premier entretien accordé vendredi dernier, au lendemain de sa nomination à Matignon, Michel Barnier a entendu fixer un cap clair à la politique d’immigration de son gouvernement en formation, qui pourrait s’incarner dans la recréation d’un « ministère de l’Immigration » de plein exercice.
 
Parmi l’ensemble des questions associées à cet enjeu devenu majeur pour la société française, celle de son bilan économique et budgétaire fait certainement partie des plus débattues. Tandis que les enquêtes sondagières attestent d’un souhait de réduction des flux migratoires largement majoritaire dans l’opinion publique, nos compatriotes apparaissent plus partagés sur cet aspect spécifique du sujet : 38 % des Français considéraient ainsi que « l’immigration rapporte plus à la France qu’elle ne lui coûte », selon une étude Ifop-Fiducial parue l’an dernier.

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Un taux d’emploi parmi les plus faible en Europe

À cette aune, de précieuses bases de données ont été rendues publiques par l’OCDE, dans le cadre de sa plus récente publication sur « les indicateurs de l’intégration des immigrés ». Leur analyse comparative permet de dresser un constat frappant : l’immigration accueillie en France est globalement moins intégrée au marché du travail et plus « pauvre » qu’ailleurs en Europe. Le taux d’emploi des personnes nées à l’étranger est l’un des plus faibles en France parmi l’ensemble des pays de l’UE : seules 61 % d’entre elles occupaient un emploi dans leurs classes d’âge de 15 à 64 ans en 2021, soit 7 points de moins que les natifs du territoire.

Une analyse fondée sur la nationalité plutôt que le lieu de naissance fait ressortir des constats encore plus saillants : seule la moitié (51,7 %) des étrangers extraeuropéens en âge de travailler occupaient un emploi en France en 2020, soit un taux inférieur de 14 points à celui des citoyens français - mais aussi 15 points de moins que les étrangers extraeuropéens au Royaume-Uni, 9 points de moins qu’au Danemark, 6 points de moins qu’en Allemagne.

Un autre angle de vue porte sur le taux d’activité : les « actifs » - qui occupent ou recherchent un emploi - ne comptaient que pour 64 % des étrangers extraeuropéens en âge de travailler, soit le 3e taux le plus faible de toute l’UE (« suivi » seulement par la Belgique et les Pays-Bas). Le taux de chômage des étrangers extraeuropéens en France était, quant à lui, plus du double de celui des Français : 19,5 % contre 8 %. Non sans rapport avec les données précédentes, le taux de pauvreté relative (calculé par rapport au salaire médian de chaque pays) des ressortissants extraeuropéens vivant en France est le plus élevé d’Europe, à égalité avec l’Espagne : 47,6 % d’entre eux vivaient sous le seuil de pauvreté en 2020, soit une part quatre fois supérieure à celle des citoyens français (11,5 %) avec un intervalle de 36 points par rapport à eux - ce qui représente un écart record dans la zone.

Niveau d'éducation « faible »

Pour mieux comprendre ces constats saisissants, plusieurs éclairages méritent d’être pris en compte. Le premier réside dans la répartition des raisons légales d’installation sur le territoire : la part des entrées d’immigrés (toutes origines confondues) effectuées sur le fondement d’un motif « famille » est la plus élevée en France parmi toute l’Europe de l’Ouest. Elle a représenté 41,2 % des entrées d’immigrés permanents sur la période 2005-2020, soit un taux trois fois supérieur à celui constaté en Allemagne, contre 10,5 % pour le motif « travail ».