J'ai lu et aimé : « Les Nouveaux Antisémites », de Nora Bussigny - Par Laurent Sailly


Le mot de Méchant Réac® - Par Laurent SAILLY

Dans son ouvrage « Les Nouveaux Antisémites », la journaliste Nora Bussigny s’appuie sur une enquête immersive au sein de l’ultragauche et de l’islam radical pour analyser la résurgence et la mutation de l’antisémitisme en France. Après avoir étudié le militantisme woke, elle infiltre des organisations telles que Samidoun, reconnue comme terroriste dans plusieurs pays, afin de comprendre comment ces groupes diffusent leur idéologie, notamment auprès des jeunes via des canaux numériques comme Telegram.

Bussigny constate que l’antisémitisme, historiquement associé à l’extrême droite, s’est transformé et s’exprime désormais dans certains segments de la gauche radicale. Ce nouvel antisémitisme s’appuie sur un discours victimaire et décolonial, séduisant particulièrement la génération Z. Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette propagation, permettant à des figures militantes comme Rima Hassan de rassembler et de radicaliser de larges audiences. Des mouvements tels que Block Out, liés au boycott BDS, exercent une pression économique sur les influenceurs pour imposer un discours antisioniste, favorisant la censure et la polarisation.

L’université française, à l’image des campus américains, devient un épicentre de ce nouvel antisémitisme. Des collectifs étudiants, parfois soutenus par la direction, relaient des enseignements problématiques. Bussigny souligne également la manipulation d’outils de connaissance comme Wikipédia, où des militants modifient le narratif pour influencer l’opinion publique et même l’intelligence artificielle.

L’autrice met en garde contre le risque d’institutionnalisation de cet antisémitisme à l’approche des élections municipales, où la génération Z, radicalisée par les réseaux sociaux, pourrait jouer un rôle clé. Selon elle, la figure du « sioniste » sert d’ennemi commun pour fédérer des groupes habituellement opposés, comme les islamistes et certains militants LGBT, dans une stratégie de subversion des valeurs républicaines et de déstabilisation des institutions démocratiques.

Bussigny analyse comment des termes comme « sionisme » ou « colonialisme » sont utilisés pour masquer des discours antisémites, intégrés dans une rhétorique pseudo-antiraciste. Elle alerte sur les risques que cette nouvelle forme d’antisémitisme fait peser sur le pacte républicain, en opposant des communautés et en essentialisant les identités. Les médias alternatifs et l’activisme numérique sont pointés du doigt pour leur rôle dans la diffusion de ces idées, souvent sous couvert de justice sociale.

L’enquête révèle également la diffusion de clichés antisémites dans des espaces inattendus, comme des formations Wikipédia pour contributeurs propalestiniens, où l’idée d’un complot juif reste vivace. Bussigny pointe la complaisance de certains partis politiques, notamment La France insoumise, face à des dérapages antisémites, motivée par la volonté de séduire un électorat de culture musulmane.

L’autrice relate aussi les menaces et insultes reçues lors de son enquête, soulignant la violence du climat actuel. Elle conclut que ce nouvel antisémitisme, nourri par un sentiment de persécution, conduit déjà à des divisions internes et espère que cette vague s’essoufflera rapidement. Malgré les attaques, son livre rencontre un succès notable, témoignant de l’importance du débat qu’il suscite.