27 octobre 1873 : Henri d'Artois ne sera pas roi de France


Le mot de Laurent Sailly

Le 1er juillet 987, Hugues Capet était élu roi. Le surlendemain, il était sacré à Noyon. C’était la deuxième fois que sa « famille » s’emparait de la couronne royale. La première fois, en 888, Eudes, issu de la branche des Robertiens (du nom de son père Robert le Fort) et grand-oncle d’Hugues Capet, est élu roi des Francs par une partie des grands, au sein desquels ses proches tiennent une place éminente. Une troisième fois, la famille capétienne retrouvera son trône perdu, en 1814-1815, avec Louis XVIII après l’épisode révolutionnaire (1792-1799) et l’épopée napoléonienne (1799-1815). Après la défaite de Sedan et l’effondrement du second Empire, la famille royale faillit remonter une quatrième fois sur le trône. Il faudra l’intransigeance du prétendant au titre, Henri de Chambord (Henri V), pour que la tentative échoue. Enfin, une dernière tentative, au lendemain de la seconde guerre mondiale, n’aboutira pas malgré les efforts du parti orléaniste.

Lire sur le blog Méchant Réac ! ® : « Faut-il un roi pour les Français ? » et « Un roi pour la France, mais lequel ? »

C’est l’échec de la restauration de « l’ex-futur » Henri V, que nous allons voir.

Henri d’Artois, duc de Bordeaux puis ensuite titré comte de Chambord, est né le 29 septembre 1820 à Paris. Son père, Charles-Ferdinand d’Artois, fils cadet de Charles X, titré duc de Berry, est mort quelques mois avant sa naissance.

En 1830, Charles X abdique. Son fils ainé, Louis-Antoine, devient roi de France non proclamé sous le nom de Louis XIX. Vingt minutes plus tard, Louis XIX signe son propre acte d’abdication. Sans enfant, c’est son neveu, Henri qui devient roi de France non proclamé sous le nom d’Henri V pendant cinq jours (2 août 1830 – 7 août 1830). Il n’a que 9 ans ½. Car les Parisiens lui préfèrent Louis-Philippe d’Orléans, duc d’Orléans. Le duc d’Orléans devient roi des français sous le nom de Louis-Philippe Ier. Alors, Henri d’Artois ex-Henri V), Louis-Antoine (ex-Louis XIX) et Charles de France (ex-Charles X), Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, dite Marie-Caroline des Deux-Siciles (duchesse de Berry et mère d’Henri) et Louise d’Artois (sœur d’Henri) sont exilés en Angleterre. Le duc de Bordeaux se fera ensuite appeler comte de Chambord, titre qu’il gardera jusqu’à sa mort.

En 1844, à la mort de Louis-Antoine de France devenu Louis de France, Henri, comte de Chambord devient prétendant légitime au trône de France (son grand-père Charles est mort en 1836).

En 1846, Henri d’Artois épouse Marie-Thérèse, fille de François IV de Modène. Le comte de Chambord ordonne une messe en l’honneur de Louis-Philippe 1er, roi des Français (1830-1848), à la mort de celui-ci en 1850.

A la chute du Second Empire le 4 septembre 1870, la République est proclamée. La nouvelle Assemblée compte 240 députés républicains contre 400 monarchistes, divisés entre légitimistes et orléanistes. Réunie à Bordeaux le 18 février, l'Assemblée nomme Adolphe Thiers « chef du pouvoir exécutif de la République française » ; elle s'investit en même temps du pouvoir constituant, mais annonce qu'elle ne l'exercera qu'ultérieurement. Elle ne veut envisager la restauration de la royauté que lorsque la France sera libérée de l'occupation allemande. Dans une lettre du 24 mai 1871, le prince Henri affirme qu'il ne veut pas abandonner le drapeau de ses pères qui pour lui veut dire « respect de la religion, protection de tout ce qui est juste, de tout ce qui est bien, de tout ce qui est droit, uni à tout ce que commande les exigences de notre temps, tandis que le drapeau tricolore représente le drapeau de la révolution sous toutes ses faces et qu'en outre il remplit les arsenaux de l'étranger son vainqueur. »

Le 8 juin 1871, l'Assemblée abolit les lois bannissant de France les Bourbons.

Le prince Henri annonce à Lucien Brun (éventuel président du conseil des ministres d'« Henri V »), que la restauration faite, il s'installerait à Versailles. Le 8 octobre, l’Assemblée vote une loi en ce sens.

Au printemps 1872, le duc d’Aumale, orléaniste, envisage de se présenter à l’élection à la présidence de la République. Le prince Henri s’y oppose. Le duc se lance le 28 mai 1872 dans un dithyrambe en faveur du drapeau tricolore, qualifié de « drapeau chéri » lors d'une discussion de l'Assemblée ; on lui prête cette formule : « Les Français sont bleus, et ils voient rouge quand on leur montre du blanc. »

En mai 1873, le président de la République, Adolphe Thiers, déclare que « la monarchie est impossible » et que la République est préférable. La majorité royaliste de l'Assemblée le met lors en minorité. Il démissionne le 24 mai 1873 et est remplacé le jour même par un royaliste, le maréchal de Mac Mahon.

Le 5 août 1873, le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, se rend à Frohsdorf pour rencontrer son cousin le comte de Chambord et saluer en lui le « seul représentant du principe monarchique. » ; il ajoute que si la France veut revenir à la monarchie, « nulle compétition ne s'élèvera dans notre famille. »

Le 4 octobre, les députés royalistes nomment une commission chargée de s'entendre avec le comte de Chambord sur un projet de future constitution, préalable au vote de la restauration de la monarchie. Dix jours plus tard, le prétendant au trône, approuve le projet constitutionnel libéral et parlementaire. Au sujet du drapeau, le texte indique que Henri d'Artois « se réserve de présenter au pays et il se fait fort d'obtenir de lui par ses représentants, à l'heure qu'il jugera convenable, une solution compatible avec son honneur et qu'il croit de nature à satisfaire l'Assemblée et la Nation. »

La commission prépare un texte qui sera soumis au vote dès la première séance de l'Assemblée le 5 novembre et qui affirme dans son article premier que « la monarchie nationale, héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France ». À la fin d'octobre 1873, on commence à préparer le retour du « roi » en France.

Le comte de Chambord est prêt à accepter provisoirement le drapeau tricolore à condition qu'on lui laisse l'initiative de pouvoir le modifier ou d'en proposer un autre une fois revenu sur le trône. Mais le procès-verbal d'une réunion des députés du Centre-Droit rédigé par Charles Savary lui prête des propos qu'il n'a pas tenus lors de son entrevue avec Chesnelong, à savoir qu'il saluerait « avec bonheur » le drapeau tricolore à son entrée en France. Certains journaux vont jusqu'à dire qu'il s'est définitivement rallié au drapeau tricolore.

Dans une « Lettre à Chesnelong » du 27 octobre 1873, que publie le journal légitimiste « L'Union », Henri dément cette interprétation et réaffirme son attachement au drapeau blanc. La commission qui préparait la restauration de la monarchie met fin à ses travaux le 31 octobre.

Dans la nuit du 20 novembre, l'Assemblée vote le mandat présidentiel de sept ans, prolongeant ainsi les pouvoirs de Mac Mahon. Pour les orléanistes, ce délai doit permettre d'attendre la mort du prétendant légitimiste, après laquelle son cousin, Philippe d'Orléans, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, pourrait monter sur le trône, en acceptant le drapeau tricolore, la République n'étant alors envisagée que comme un régime temporaire. Circule alors dans les milieux orléanistes ce mot : « Mon Dieu, de grâce ouvrez les yeux du comte de Chambord, ou bien fermez-les lui ! ».

La République est instituée en janvier 1875 par l'amendement Wallon, et les lois constitutionnelles de février puis de juillet organisent son fonctionnement. En 1879, avec la démission du président Mac Mahon, tous les pouvoirs appartiennent aux républicains. En juin 1883, Henri d'Artois est atteint d'une maladie des voies digestives, dont il meurt en exil à Frohsdorf le 24 août 1883, veille de la Saint-Louis.

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