Comment l’État va faire main basse sur les réserves des retraites complémentaires - Par Nicolas Lecaussin


Le gouvernement impose une réforme d’apparence technique qui lui donnera toute latitude pour puiser dans les réserves des retraites complémentaires du privé afin de «combler les trous» des régimes sempiternellement déficitaires. Le recouvrement des cotisations des salariés du privé à leurs caisses de retraite complémentaires sera confié à l'Urssaf. Les Français en ont-ils conscience?

 

Nicolas Lecaussin: «Par les Urssaf, l’État va faire main basse sur les réserves des retraites complémentaires»

Les Français en ont-ils conscience? L’État va placer sous son contrôle l’argent des retraites complémentaires du privé. Le gouvernement pourra donc, s’il le souhaite, disposer à son gré de cette manne pour combler les déficits d’autres régimes.

En effet, le recouvrement des cotisations des salariés du privé à leurs caisses de retraite complémentaires, l’Agirc et l’Arrco, sera bientôt confié aux Urssaf (Unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales). Ce bouleversement devait avoir lieu à partir de janvier prochain. Mais, voilà quelques jours, après un débat parlementaire assez vif, l’article a d’abord été supprimé par les députés, sous l’impulsion de Charles de Courson (Libertés et territoires, Marne), puis rétabli par le gouvernement, avant d’être adopté dans le texte imposé par le 49-3. Seule concession faite par le gouvernement: repousser l’entrée en vigueur au 1er janvier 2024.

Nicolas Lecaussin: «Par les Urssaf, l’État va faire main basse sur les réserves des retraites complémentaires» (lefigaro.fr)
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Par les Urssaf, l’État va faire main basse sur les réserves des retraites complémentaires - IREF Europe FR

Qui pourra empêcher l’Etat de s’emparer des réserves des retraites complémentaires pour pallier ses errances budgétaires ?

Atlantico : Avec sa volonté de réforme, le gouvernement fait monter les craintes d'une main basse sur les réserves des retraites complémentaires. Par quel mécanisme l’Etat va-t-il ainsi procéder pour puiser dans ces réserves ? Cette décision a-t-elle une rationalité autre que l’objectif de pallier les errances budgétaires de l’Etat ?

Nicolas Lecaussin :
Cette décision fait partie de la volonté d’Emmanuel Macron de faire une réforme des retraites qui consisterait surtout en la création d’un système unique. Mettre la main sur les réserves des complémentaires c’est mettre la main sur quelques dizaines de milliards d’euros et sur la gestion des complémentaires du privé. Un comble car la Cour des comptes ne veut pas certifier les comptes des…Urssaf. Donc, celui qui fait des mauvais comptes s’empare d’autres comptes qui sont bien gérés.

Il y a quelques jours, le Ministre de la transformation et de la fonction publiques, Stanislas Guerini, a donné quelques indications sur la réforme des retraites que prévoit d’engager le gouvernement. On comprend que les régimes spéciaux du secteur public seront préservés et que la fonction publique continuera à jouir de privilèges retraite, notamment en matière d’âge de départ et de calcul de la pension. Or, les fonctionnaires ne bénéficient pas de caisse de retraite. Leurs pensions sont payées avec les impôts et grâce à un artifice budgétaire. En mettant la main sur le magot des complémentaires (et aussi sur d’autres), l’Etat peut créer l’illusion qu’il dispose de suffisamment d’argent pour payer les retraites privilégiées de la fonction publique. C’est l’une des explications…

Vous écrivez dans une tribune au Figaro, " Il faut tout faire pour s’y opposer, afin de sauver ce qui peut encore l’être". Qui pourrait réussir à s’y opposer ?

A l’IREF, on ne va pas cesser de se battre pour empêcher ce vol. Pour cela, on va continuer le battage médiatique et sur les réseaux sociaux. Il est important de convaincre les décideurs politiques qu’il s’agit d’une aberration : confier à ceux qui ne sont pas concernés les retraites du privé ! Malheureusement, les responsables de l’Agirc-Arrco ne protestent pas suffisamment contre la mainmise de l’Etat. Ils alertent surtout sur les risques d’erreurs dans les calculs du droit à la retraite, mais beaucoup moins sur les risques de voir s’évanouir l’argent des retraites complémentaires. Mais on espère que des hommes politiques auront le courage de dire non. Avant qu’il ne soit trop tard.