L’impossible débat sur l’immigration - Par Valérie Toranian

Peut-on parler sérieusement d’immigration en France ? Ou bien sommes-nous condamnés au spectacle navrant des provocations, postures et hypocrisies en tout genre ? s'interroge Valérie Toranian.

Le 3 novembre, le député LFI Carlos Martens Bilongo prend la parole pour demander au gouvernement ce qu’il compte faire au sujet du bateau de l’ONG SOS Méditerranée qui attend de pouvoir débarquer dans un port d’Europe les 234 migrants qu’il convoie. « Qu’il retourne en Afrique », lance depuis les bancs du RN, le député Grégoire de Fournas. Tollé général, suspension de séance. Grégoire de Fournas sera finalement sanctionné, vendredi 4 novembre, d’une « censure avec exclusion temporaire », soit l’interdiction de paraître au Palais-Bourbon pendant quinze jours de séances, et la privation de la moitié de son indemnité parlementaire pendant deux mois. La sanction a été prise à l’unanimité par le Bureau de l’Assemblée nationale. On ne saura jamais si ce « qu’il » retourne en Afrique désignait le bateau (ce qu’affirme Grégoire de Fournas) ou bien le député noir de la France insoumise. La sanction tient compte de cette ambiguïté puisque le Bureau national retient comme motif « la manifestation troublant l’ordre » (c’est le bazar) et non pas la « mise en cause personnelle qui interpelle un député » (c’est un propos raciste).


« On peut légitimement craindre que cet épisode hautement médiatique donne un avant-goût du débat sur l’immigration qui aura lieu dans quelques mois à l’Assemblée. Invectives, anathèmes, injures et provocations. Le débat pourtant mériterait mieux. »

« Si la classe politique n’est pas capable de changer de politique et d’abandonner ses présupposés idéologiques et ses postures médiatiques pour se consacrer sérieusement à la question migratoire, on sait d’avance qui en tirera avantage en 2027. »