Le ministre, l’école et les abayas - Par Olivier Galland

Un phénomène prend de l’ampleur dans les établissements scolaires, le port par les filles d’abayas, ces longues robes couvrant l’ensemble du corps jusqu’aux chevilles, portées traditionnellement dans certains pays musulmans. Depuis la rentrée, les signalements à ce sujet se multiplient[1], même si, à l’échelle du pays, le mouvement reste limité et probablement concentré dans certaines zones du territoire. Néanmoins, ces comportements, leur diffusion grandissante dans certains établissements suscitent des inquiétudes chez ceux qui les lisent comme une claire atteinte aux principes de la laïcité. On pourra lire à ce sujet l’interview de Dominique Schnapper, présidente du Conseil des sages de la laïcité, dans le journal l’Opinion[2].


Le piège de l’abaya

Mais la difficulté d’interprétation tient au fait que la lecture strictement religieuse du port de ce vêtement ne s’impose pas de façon si évidente qu’il pourrait être considéré, sans qu’il y ait besoin de s’interroger sur les motivations des auteurs, comme un vêtement « religieux » par essence. Et il semble bien que les élèves jouent souvent sur cette ambiguïté pour dénier tout caractère religieux à ce choix vestimentaire, en l’assimilant plutôt à un attachement à une tradition culturelle. Je ne suis pas un spécialiste de l’islam et je me garderai bien de trancher cette question, notant simplement que le port de ce vêtement est obligatoire pour les femmes des pays les plus traditionnels comme l’Arabie Saoudite, mais que ce n’est pas le cas dans d’autres pays musulmans comme les pays du Maghreb où il peut prendre peut-être beaucoup plus souvent, pour celles qui le portent, le caractère d’une simple habitude vestimentaire.