« La culture stratégique de nos élites est navrante » - Par le général (2S) Jean-Marie Faugère
Réputé discret, le général d’armée Faugère est de ces responsables militaires qu’on écoute. Sa voix porte. Sur la guerre en Ukraine et ses conséquences pour notre sécurité, sur les effets pervers des réformes conduites ces dernières années comme sur les relations avec les décideurs politiques, il exprime ce que nombre de militaires de tous grades pensent, sans toujours pouvoir le dire...
Saint-cyrien (1969-1971), artilleur, diplômé de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA) et du Cours supérieur des armes nucléaires, il fut capitaine au 13e régiment de dragons parachutistes, l’un des fers de lance de nos Forces spéciales, puis chef de corps du 35e régiment d’artillerie parachutiste. Jean-Marie Faugère a occupé des postes cruciaux, notamment à la Délégation aux affaires stratégiques (responsable de la construction européenne de défense) et, en état-major central, où il fut chargé de la préparation de l’avenir des forces (finances, investissements, armement, doctrines d’emploi). Ancien inspecteur général des armées, un temps président du G2S, ce groupe de réflexion qui regroupe des généraux en 2e section capables d’une franchise roborative sur l’institution, il est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs de notre outil de défense. Ses analyses sont toujours scrutées avec attention.
Propos recueillis par Frédéric Pons
Huit mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine, quels enseignements majeurs tirez-vous de ce conflit ?
Ils sont principalement politiques. Le premier rappelle à nos sociétés hédonistes et individualistes que « la guerre est l’état naturel, normal de l’humanité » comme l’a écrit le professeur Roland Mousnier, dans sa pertinente préface à l’Histoire militaire de la France[1]. La guerre aux marches de l’Europe nous fait prendre conscience de cette réalité anthropologique trop oubliée de nos sociétés et de nos élites aisées.
Un autre enseignement ?
Le retour du concept de « nation ». L’union du peuple ukrainien – à l’exception des populations russophones bien entendu – autour de son président a conduit à une mobilisation exemplaire de la population autour de la défense de la nation et de son territoire. Un troisième enseignement démontre le besoin vital pour un État, s’il veut défendre sa souveraineté et ses intérêts propres, de posséder des forces armées à la hauteur des enjeux. Quelle leçon pour l’Europe de l’Ouest !
.jpg)