Le nouveau choc de civilisation - Par Nicolas Baverez
On croyait la théorie de Samuel Huntington dépassée ; la guerre en Ukraine et la lutte contre le réchauffement climatique l’ont remise au goût du jour.
L'Occident a dominé le monde de la fin du XVe au début du XXIe siècle, exportant sa puissance, ses institutions, ses modes de production et ses idées sur tous les continents à travers trois mouvements de mondialisation : les grandes découvertes du XVIe siècle ; la colonisation au XIXe siècle ; l'effondrement de l'empire soviétique et l'universalisation du capitalisme à la fin du XXe siècle. Cette troisième mondialisation semblait consacrer son triomphe. Mais l'Occident a cédé à la démesure, perdant le contrôle de l'ordre mondial, du capitalisme, de sa sécurité et de ses valeurs, minées par les populismes. Le XXIe siècle est ainsi placé sous le signe de l'histoire universelle mais aussi de la désoccidentalisation du monde.
La guerre d'Ukraine a acté la fragmentation du système international, ouvrant une nouvelle ère marquée par la divergence entre l'Orient et l'Occident. Vladimir Poutine a échoué dans son double objectif d'annihiler l'Ukraine et de faire la démonstration de la décadence de l'Occident. Il a soudé la nation ukrainienne, réarmé l'Allemagne, réveillé l'Union européenne, réengagé les États-Unis en Europe, ressuscité l'Otan. Mais il a aussi créé un fossé entre l'Orient et l'Occident qui rend très difficile toute coopération dans la gestion des risques planétaires, à commencer par la lutte contre le dérèglement climatique.
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