COP 27 : l’urgence pour le monde est (aussi) de s’adapter à un dérèglement climatique qu’il ne pourra pas éviter - Par Samuel Furfari

Alors que la COP 27 a officiellement débuté, quels sont les chantiers prioritaires pour les dirigeants du monde entier dans le cadre de la protection de l'environnement face au réchauffement climatique ?


Atlantico : Alors que la COP 27 se tient actuellement en Égypte, beaucoup des discours insistent sur la nécessité d’empêcher le dérèglement climatique. Oublie-t-on trop souvent que le réchauffement climatique est déjà en partie inévitable ?

Samuel Furfari :
L'annonce par le Secrétaire général de l'ONU d'un « suicide collectif » et que « nous sommes sur l'autoroute de l'enfer climatique » est indigne d'un diplomate. Son rôle n'est pas d'être un militant du climat. Tout ce qu'a dit Antonio Guterres est exagéré ; or on sait, en France, que tout ce qui est excessif est insignifiant. Il est jupitérien de penser que l'homme peut dominer le climat, qui a changé depuis des milliers d'années, qui change encore et qui changera demain et après-demain. Il est plus coupable que François Hollande qui a affirmé bêtement que le changement climatique anthropique provoque des tsunamis, car le GIEC dépend de lui.

Une majorité de scientifiques, qui ont l'oreille des médias et vivent de leurs recherches financées par des gouvernements effrayés, affirment que la température augmente. Guterres a même suggéré que l'augmentation s'accélère. Depuis la révolution industrielle, la température a augmenté. Mais elle n'est pas aussi élevée que celle que la Terre a connue à d'autres périodes, notamment pendant ce qu'on appelle « l'optimum médiéval », entre 900 et 1300. Les professeurs d'histoire du Moyen Âge, par exemple Alessandro Barbero, parlaient bien avant la frénésie du changement climatique anthropique. Ils expliquaient que la prospérité de cette période était due à une meilleure alimentation, car les récoltes étaient abondantes grâce à la température plus élevée. C'est à partir de cette période que la population a également commencé à mieux se vêtir et à développer l'artisanat comme jamais auparavant. Tout cela était dû à une température optimale.

Une étude réalisée en 1964 par le Meteorological Office of England estimait que la température en Angleterre était supérieure de 1,2 à 1,4 °C à la « température moyenne mondiale » actuelle. Olivier Postel-Vinay dans son récent ouvrage Sapiens et le climat, une histoire bien chahutée montre que les fluctuations climatiques étaient d'une intensité et d'une durée sans commune mesure avec celles de la situation actuelle. Quel chef d'État aura le courage d’expliquer à Guterres que notre climat n'est pas exceptionnel ?

Les thermomètres terrestres et les mesures de température par satellite montrent que la température globale de la basse troposphère a augmenté de plus ou moins de 0,8 °C entre 1880 et 2018, soit environ 0,01 °C/a. Dans son rapport 2019, le GIEC prévoit une augmentation de la température depuis l'ère industrielle comprise entre 0,8 °C et 1,2 °C. De plus pendant les 8 dernières années (2015-2022), les températures globales fluctuent autour d’un palier, voire, diminuent très légèrement. Dans tous les cas, la réalité n’est pas ce que dit Antonio Guterres.

En outre, le GIEC accompagne ses scénarios d'augmentation de la température de probabilités. Ceux qui dépassent 1,5 °C en 2100 ont des probabilités extrêmement faibles. Parler d'une augmentation de 3 °C, comme certains journalistes aiment le faire, sans dire que c'est peu probable, est un mensonge médiatique.

Faisons-nous actuellement suffisamment assez d’efforts pour s’adapter à la part du dérèglement climatique qui est inévitable ?

Samuel Furfari : 
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (adoptée à Rio de Janeiro en juin 1992) prévoit deux volets pour contrer les effets du changement climatique. D'une part, la réduction des émissions de gaz à effet de serre — principalement le CO₂ produit par les combustibles fossiles — mais aussi l'adaptation, car cette convention reconnaît implicitement qu'il est impossible de contrôler les effets du climat. Mais la véritable motivation des activistes climatiques n'est pas de pallier les conséquences d’éventuels désastres climatiques, sinon ils auraient plébiscité l'énergie nucléaire qui ne produit pas de CO₂. Leur motivation est malthusienne — c'est pourquoi ils rejettent l'énergie infinie de l'énergie nucléaire — et qu’ils adoptent son corollaire, la décroissance.

Toutes les politiques qu'ils mettent en avant pour réduire les émissions mondiales de CO₂, appelées aussi politiques de transition énergétique, ont fait leurs preuves depuis 49 ans, c'est-à-dire depuis le choc pétrolier de 1973. On n'a pas attendu Guterres et ses outrances pour essayer de développer les énergies renouvelables et les économies d'énergie. Tout cela a été fait depuis longtemps. Avec des milliards d'euros ou de dollars, nous avons réussi, dans le monde et dans l'UE, à produire 3 % de l'énergie primaire à partir d'énergies qu’ils appellent douces. L'éolien et le solaire sont peut-être sympathiques, mais ils sont et resteront marginaux. Nous ne pouvons plus cacher cette réalité. Nous avons essayé, maintenant nous savons qu'ils sont dérisoires. Nous devons cesser de penser que le changement climatique peut être atténué par les énergies renouvelables. Point suivant !

Quelle serait la bonne stratégie pour agir afin de s’adapter convenablement ? Quels sont les chantiers prioritaires ?

Samuel Furfari : 
On nous effraie avec les tempêtes tropicales et les inondations. Ce sont des phénomènes naturels qui ont toujours existé. La Réunion est française et les maisons sont construites avec les règles et le savoir-faire français. Quand la tempête arrive, les maisons résistent. D'ailleurs, les habitants sont dûment informés de ne pas être dehors. Résultat, il n'y a pas de catastrophe. Aux Philippines, au Bangladesh et ailleurs, où les maisons sont faites de tôles, la tempête détruit tout sur son passage.

Changement climatique ou pas, la bonne gouvernance et la création de valeur sont les conditions pour éviter les catastrophes. Or, la création de valeur ajoutée dépend de la consommation d'énergie, et comme nous sommes incapables de produire plus de 3 % de notre énergie à partir de sources renouvelables, ces pays doivent utiliser des combustibles fossiles. Puisque celles-ci émettent du CO₂, afin de ne pas souffrir des catastrophes — causées par le changement climatique anthropique ou non, les émissions mondiales de CO₂ vont augmenter. Comprenez-vous pourquoi les militants cachent ce fait évident ?

Faut-il pour cela revoir en partie l’objectif ainsi que l’organisation des COP ? Et privilégier des solutions locales à un consensus mondial ?

Samuel Furfari : 
Il y a eu 27 COP depuis l'adoption de la convention. Si cela servait à quelque chose, on aurait vu des résultats concrets, non ? Or, depuis sa promulgation, les émissions mondiales de CO₂ n'ont cessé d'augmenter au rythme moyen de 2 %/a. Par rapport à l’année de référence (1990), les émissions mondiales de CO₂ ont augmenté de 59 %. S’il n’y avait pas eu la Covid elles auraient cru de 65 %. En Amérique latine : +73 %, en Afrique +93 %, hors OCDE : +134 %, en Inde +280 %, en Chine +311 % et au Vietnam +1380 %. L'UE a peut-être réduit la sienne de 23 % en désindustrialisant son économie, mais ce n'est manifestement pas le modèle que les autres ont l'intention de suivre.

Dans une entreprise privée, avec des résultats aussi médiocres, la stratégie et la direction auraient été remplacées depuis longtemps. Ici, on s'obstine à répéter les mêmes idées, année après année, à tel point que la population a compris que ces grandes réunions ne servent qu'à permettre aux militants de faire leur marché, de recharger leurs batteries pendant un an, jusqu'à la prochaine COP.

Cette année, elle a pris place en Égypte, un pays qui est en train de devenir un important producteur de gaz naturel grâce à la découverte récente de grands gisements dans la mer du Levant. L'année prochaine, le barnum se déplacera aux Émirats arabes unis (EAU), un pays qui a investi des milliards pour produire davantage de gaz et de pétrole. Les EAU se sont plaints auprès de l'OPEP+, l'organisation qui limite la production de pétrole pour garder le prix élevé, car eux aimeraient produire plus de pétrole, et non pas moins. Par ailleurs, l'administration Biden a demandé aux EAU de faire pression sur l'Arabie saoudite et la Russie pour qu'elles ne réduisent pas la production de l'OPEP afin de maintenir les prix du pétrole à un niveau bas, à l'approche des élections de mi-mandat d'hier. Lors de sa fondation, le pays a choisi le noir comme l'une des couleurs de son drapeau pour rappeler qu'il doit sa prospérité à l'or noir… que les militants veulent voir disparaître. Comprenne qui pourra.

Quel rôle pour la technologie dans cette adaptation ? A quel point est-elle en retard ?

Samuel Furfari : 
J'ai dit plus haut que nous avons bien cherché et rien trouvé pour remplacer les combustibles fossiles, sauf l'énergie nucléaire. En tant que scientifique, je suis évidemment un partisan de la recherche et du développement. Mais le changement climatique ne rend pas les gens plus intelligents ; les chercheurs, dont j'ai eu le privilège de faire partie, ont fait tout ce qu'ils pouvaient et sont arrivés là où nous sommes. Ce ne sont pas des objectifs irréalistes qui mèneront à des solutions, encore moins les propos incendiaires du secrétaire général des Nations unies. Tout ce que nous disons sur l'énergie a été dit depuis des années. Certains amis me conseillent d'envoyer des messages plus positifs, car nous voyons notre monde changer technologiquement. Mais l'énergie primaire, c'est de la matière, des molécules, pas des bits qui permettent une révolution numérique toujours plus étonnante.

Pour tenter de réduire les émissions de CO₂, ils ont sorti de leur chapeau de prestidigitateur le lapin hydrogène, qui n'est même pas une énergie primaire, puisqu'il faut consommer de l'énergie pour le produire. C'est pourtant une molécule de base de toute la chimie industrielle, indispensable pour nourrir la population mondiale grâce aux engrais. Brûler bêtement de l'hydrogène, comme je le montre dans mon livre « L’utopie hydrogène », est aussi gaspilleur que de brûler un sac à main Louis Vuitton pour produire de la chaleur....

Le seul espoir que je vois est l'arrivée de nouveaux réacteurs nucléaires, d'abord les SMR, puis la Generation-4. Mais les activistes climatiques n'en veulent pas. Plus tard, beaucoup plus tard à l'échelle géopolitique, la fusion nucléaire sera peut-être la surprise que nous attendons. Mais s'il vous plaît, arrêtons de penser que les technologies éoliennes et solaires photovoltaïques peuvent réduire les émissions mondiales de CO₂, c'est puéril.