Négation des différences entre les sexes, disqualification de Darwin, décolonisation de la médecine… Un nouvel obscurantisme a pris ses quartiers en France.
Le
libéralisme politique est né d’une triple séparation, entre l’Etat et l’Eglise, entre l’individu rationnel et la communauté, et entre la science et la croyance. Dans les pays libéraux, Eglise, communautés et croyances sont tolérées et même invitées à s’épanouir, pour autant qu’elles laissent la primauté à leurs pendants quand il s’agit de régler des questions temporelles. La recherche scientifique est un pan essentiel de cet édifice car elle est la traduction épistémique d’une liberté individuelle devenue pilier de ce nouvel ordre. Ce qu’on appelle "esprit critique", en effet, vaut autant face au pouvoir que devant un problème scientifique à résoudre, et c’est la grande force du libéralisme que d’avoir su construire des régimes stables compatibles avec l’instabilité permanente suscitée par ces questionnements. Dans ce contexte, l’un des signes de reconnaissance des Etats illibéraux était jusqu’à présent leur mépris de la science : qu’ils soient des Etats religieux ou des dictatures, ils sont ou étaient immanquablement orientés vers une Vérité totale, qu’elle soit dictature du prolétariat ou Reich de mille ans.
Or une menace inédite se fait jour dans nos pays, la contestation croissante de la démarche scientifique et de ses résultats au nom d’une idéologie nouvelle, prétendument progressiste. Le phénomène est particulièrement visible dans la discipline essentielle à notre compréhension de l’humain, la biologie. Insidieuse, parce qu’apparemment inoffensive, respectable et drapée dans les oripeaux de la "justice sociale", cette idéologie remet en cause, au nom du progrès, des connaissances fondamentales, sur l’évolution de l’espèce, les fondements naturels du comportement humain ou encore les différences entre hommes et femmes. Dernièrement, ce "wokisme" diffus a même trouvé un allié inattendu dans un créationnisme revivifié par l’islam rigoriste.