Réflexions d’un promeneur climatique à la recherche de la Raison perdue - Par Erwan Queinnec

Partie 1 : la physique du climat[1]


Comme chacun sait, le climat est sans doute la grande passion idéologique de notre époque : un objet scientifique devenu politique. Toute l’éco-anxiété contemporaine s’articule autour de cette thématique, à laquelle on finit même par réduire la problématique écologique tout entière. « Il faut sauver la planète ». « Il y a urgence climatique ». « Plus que trois ans avant que le réchauffement soit irréversible ». Autant de slogans dont les médias font régulièrement leurs choux gras.

D’un point de vue scientifique, le climat est un objet composite, à la fois physique, social, économique et politique. En cela, il colle à l’idéal de la « science post normale » : devenu cause d’intérêt général, le climat prête le flanc à une sorte de dessaisissement scientifique dont, malgré elle peut-être, la climatologie a favorisé l’avènement, en dépit des menaces qu’il recèle. Sans doute une part importante de la climatologie se rêve-t-elle en science d’autorité pourvue d’une mission de conseil politique : c’est exactement ce dont procède le GIEC, dont les travaux et les concepts guideront cette promenade climatique. Pour autant et tout à l’inverse, la politisation du climat invite aussi à la vigilance citoyenne (et scientifique), de manière à apporter la contradiction. Pour la climatologie mainstream, cela revêt nécessairement un aspect agaçant car tout discours parascientifique peut effectivement énoncer de grosses bêtises (en fait, le discours scientifique aussi, on y reviendra). Mais si l’on admet que certains climatologues ont œuvré à la politisation de leur objet de recherche, ils ne font alors que récolter le Frankenstein scientifique dont ils ont semé le germe.


Partie 2 : Quelques considérations sur l’épistémologie, l’économie et la politique du climat[1]


La climatologie n’est pas tout à fait une science comme les autres, en ce que dès la création du GIEC, elle déborde de son lit scientifique pour investir le champ politico-militant : « quatre groupes participent activement au cadrage de la question climatique : les journalistes scientifiques et d’environnement, les scientifiques du climat, les services d’État chargés de ce problème (…) et les ONG environnementales… »[2]. Cela vient de ce que, tandis que la science tire historiquement son crédit social de sa contribution au progrès technologique, la climatologie dérive le sien d’un projet d’ingénierie sociale porté par les gouvernements et les institutions internationales : la « décarbonation » des économies, particulièrement en Europe.