Henri Guaino : «Petit à petit, notre État s’effondre…»


Là où beaucoup d’acteurs politiques et d’observateurs appellent à une réduction du rôle de l’État, Henri Guaino plaide au contraire pour sa refondation.


Plus qu’une crise conjoncturelle, la crise de l’énergie s’inscrit dans un long processus d’effondrement de l’État, argumente l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, les probables coupures d’électricité cet hiver s’ajoutant, selon lui, à la décrépitude de nos services publics et à l’impuissance publique en matière de lutte contre l’insécurité et l’immigration illégale. Ces dysfonctionnements sont le fruit d’une idéologie managériale et comptable qui a paradoxalement abouti à la construction d’un monstre bureaucratique et le résultat d’une politique européenne favorisant l’ouverture de toutes les frontières aussi bien géographiques qu’économiques ou juridiques, analyse-t-il.

LE FIGARO. - Risques de coupures d’électricité, pénuries de carburant en octobre dernier, grèves dans les transports publics, hôpitaux au bord de l’implosion, insécurité permanente, multiplication des atteintes à la laïcité à l’école, zones de non-droit, les dysfonctionnements de l’État s’additionnent. Qu’est-ce qui arrive à l’État?

Henri GUAINO. -
Où l’on voit que si trop d’État détruit la société, pas assez la met aussi en péril. L’énorme machine administrative qui continue à tourner ne sauve même plus les apparences: petit à petit notre État s’effondre, miné depuis des décennies par une idéologie anti-État aux effets dévastateurs. L’État, ce n’est pas «eux», c’est «nous». Et «nous», nous avons laissé faire les démolisseurs quand nous ne les avons pas encouragés. Nous avons fait de l’État le responsable de tous nos maux. Il en fallait bien un. Mais après des décennies de «haro» sur l’État, sur les fonctionnaires, sur les agents d’EDF, de la RATP, sur les cheminots, sur les enseignants, sur leurs statuts, leurs systèmes de retraite, il ne faut pas être surpris aujourd’hui de commencer à en voir les effets et d’en payer le prix. Il ne faut pas s’étonner qu’aujourd’hui, on ne trouve plus assez de candidats pour être enseignants, policiers, médecins hospitaliers, ni de personnels qualifiés pour la filière nucléaire, de conducteurs de train, de chauffeurs de bus, d’infirmières.

Henri Guaino: «Petit à petit, notre État s’effondre…» (lefigaro.fr)

La chose peut-être la plus importante est de se souvenir qu’il n’y a pas d’État sans frontières : sans frontières, il n’y a pas d’espace délimité pour l’autorité, pour la solidarité, pour l’application de la loi, pour le monopole de la violence légitime, pour les politiques publiques, ni pour la démocratie