Xavier Fontanet: «On peut diminuer le poids de la sphère publique sans que la croissance s’effondre»
Depuis un demi-siècle, en France, l’extension déraisonnable de la puissance publique a entraîné des prix de revient complet prohibitifs pour les entreprises en raison de charges beaucoup plus élevées qu’à l’étranger, explique l’ancien PDG du groupe Essilor. L’auteur voit dans ce choix une cause majeure de la désindustrialisation.
Le dernier grand changement de politique économique est intervenu lors de la première crise pétrolière de 1974, date coïncidant avec un passage de témoin entre deux générations politiques. De Gaulle et Pompidou, inspirés par Jacques Rueff, prônaient la rigueur budgétaire, une limitation de la part de l’État à 30 % du PIB et la confiance dans le dynamisme de l’économie privée. Giscard, incarnant la nouvelle génération, fut inspiré par Lionel Stoleru et la théorie de l’intervention publique appuyée sur celle du multiplicateur keynésien. À partir de 1974 s’est installée l’idée que «l’État peut lutter contre le chômage momentané en créant un déficit budgétaire qui provoque une relance de l’activité et un courant d’embauche» (L’Équilibre et la croissance économiques, Lionel Stoleru, 1968). Le multiplicateur, qui désigne l’effet par lequel une dépense publique est censée provoquer une augmentation de la dépense privée plus importante, a poussé l’État à devenir le moteur de la politique économique. Les keynésiens ont dès lors été chéris par la puissance publique, qui a vu dans cette théorie une justification intellectuelle à son extension.
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