Russie-ONU : «Il n'y a pas d'État de droit à l'échelon mondial» - Par Jean-Sylvestre Mongrenier

L'Ukraine a appelé lundi à ce que la Russie soit exclue du Conseil de sécurité de l'ONU, où elle figure comme membre permanent depuis 1945. Pour Jean-Sylvestre Mongrenier, Kiev cherche ainsi à mettre chaque État membre de l'ONU face à ses responsabilités et contradictions.


Jean-Sylvestre Mongrenier est chercheur à l'Institut Thomas More. Il est l'auteur du Monde vu de Moscou. Géopolitique de la Russie et de l'Eurasie post-soviétique, PUF, 2022

LE FIGARO. - «L'Ukraine appelle les États membres de l'ONU (…) à priver la Fédération de Russie de son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et à l'exclure de l'ONU dans son ensemble», a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères. Cette demande a-t-elle une chance d'aboutir et est-elle juridiquement possible ?

Jean-Sylvestre MONGRENIER. - Le vote d'une résolution du Conseil de sécurité exige le consensus des cinq membres permanents : l'opposition d'un seul d'entre eux a valeur de veto. Et il est difficile d'imaginer la Russie voter une résolution en faveur de son exclusion du Conseil de sécurité. De surcroît, la Chine populaire et la Russie sont alignées sur le plan diplomatique. Le Conseil de sécurité est donc bloqué, comme lors la première guerre froide. Voilà pourquoi le président ukrainien en appelle à l'Assemblée générale des Nations unies.

De prime abord, un vote majoritaire de l'Assemblée générale en faveur d'une telle décision ne suffirait pas à trancher la question, mais un spécialiste du droit international pourrait infirmer ce propos. Au vrai, il existe des silences du droit et, en dernière analyse, l'ordre de la chair est régi par des rapports de force (la norme morale ou juridique ne s'impose pas d'elle-même). C'est d'ailleurs ce que reconnaît la pratique du droit de veto : il faut y voir une persistance de l'état de nature, au sens de Hobbes, au cœur même du système de sécurité collective établi en 1945.


Prétendre voir en la « Russie-Eurasie » de Poutine un défenseur de la paix constitue un mensonge flagrant. Il est bon de souligner la chose.

Sans guerres ni conflits entre les collectivités humaines, il n'y aurait pas de « politique ». Tout se ramènerait à l'administration des choses.