Chantal Delsol : «L’euthanasie et le suicide assisté vont-ils subvertir la conscience personnelle?»
La philosophe examine les questions morales et anthropologiques soulevées par la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.
La requête actuelle pressante pour l’euthanasie ou pour le suicide assisté traduit un changement culturel qui s’accomplit sous nos yeux depuis un demi-siècle, et qui correspond à l’effacement de la morale de culture juive et chrétienne. Les anciens Grecs et Romains, on s’en souvient, justifiaient et même glorifiaient le suicide personnel ou accompagné. Le vieillard inutile pouvait quitter la scène avant de devenir trop pesant, et le guerrier vaincu demandait à un autre de l’achever - sa vie sans honneur ne valant plus d’être vécue. Il a fallu le judaïsme pour ouvrir un changement radical - «Qui est l’homme pour que Tu penses à lui?» (Livre des Psaumes, psaume VIII, verset 5) - puis le christianisme derrière lui. En Occident, l’être humain tient son sacre de son créateur et par là, sa mort ne lui appartient pas.
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Aussi est-il naturel qu’aujourd’hui, l’effondrement des croyances religieuses dans nos sociétés suscite la fin des pratiques correspondantes. Pourquoi refuser le suicide et l’euthanasie si ma vie m’appartient? À défaut de réussir à vaincre la mort, l’individu souverain peut au moins en choisir la date et la manière. La demande d’euthanasie active représente un retour à la situation de nos lointains ancêtres: elle se justifie par le fait que nos contemporains ne croient plus à la dignité substantielle, qui répondait à une transcendance - la dignité est désormais définie socialement et individuellement. C’est une rupture profonde dans notre anthropologie culturelle, qui se répercute et se décline dans tous les domaines de l’existence, dont le suicide assisté est un aspect.
Chantal Delsol: «L’euthanasie et le suicide assisté vont-ils subvertir la conscience personnelle?» (lefigaro.fr)
Nous sommes en face de bouleversements culturels qui tiennent à s’emparer des symboles pour mieux conquérir les esprits et abolir l’ancien monde
Nous ne supportons plus cette incertitude morale qui représente pourtant l’essentiel de la grandeur humaine
Comme il arrive pour toutes les lois sociétales, les limites posées au départ et les conditions dites drastiques sont, aussitôt la loi votée, mises en accusation et vite sacrifiées
