14 mai 1610 : l’assassinat d’Henri IV, un complot d’Etat ?
Le mot de Laurent Sailly
Henri IV est poignardé rue de la Ferronnerie à Paris par François Ravaillac, qui profite d’un arrêt du carrosse provoqué par des charrettes bloquant la rue. Le roi meurt presque immédiatement, touché au poumon, à la veine cave et à l’aorte. Ravaillac est arrêté sur place, protégé du lynchage par le duc d’Épernon. La mort du roi plonge Paris dans une profonde affliction.
Originaire d’Angoulême, Ravaillac est un ancien maître d’école, issu d’une famille ruinée. Mystique, il est marqué par un environnement familial très hostile aux protestants. Il affirme sous la torture avoir agi seul. Son supplice est d’une extrême brutalité : tenailles, brûlures, plomb fondu, puis écartèlement.
Mais si l’assassin d’Henri IV est connu, son geste a aussitôt fait naître de multiples questions, et depuis quatre siècles les historiens n’ont cessé de s’interroger : pourquoi tuer le roi ? Ravaillac a-t-il agi seul ? A-t-il été manipulé ? Avait-il des complices ? Le doute subsiste sur les motivations et les complicités éventuelles du régicide : à qui profite le crime ?
Michelet et Erlanger y voient un complot impliquant le duc d’Épernon, la marquise de Verneuil, les Concini et Marie de Médicis. Ravaillac aurait logé chez la maîtresse du duc d’Épernon et ce dernier prend immédiatement en main les affaires du royaume. Après 10 ans de mariage, le roi Henri IV a cédé à Marie de Médicis, en la faisant couronner Reine. S’il meurt avant la majorité du dauphin Louis, elle sera régente de France. Cependant, c’est le duc qui protège Ravaillac du lynchage et le témoignage clé provient d’une affabulatrice (demoiselle d’Escoman).
Selon Jean-Christian Petitfils, Ravaillac aurait été manipulé par l’archiduc Albert de Habsbourg. Celui-ci craignait une intervention d’Henri IV pour récupérer Charlotte de Montmorency, retenue à Bruxelles.
Enfin, une coïncidence troublante est le suicide du prévôt de Pithiviers, qui avait annoncé la mort du roi avant qu’elle ne survienne, et qui est retrouvé pendu.
François Pernot rappelle que la recherche obsessionnelle d’un complot peut être une manière de nier la contingence historique et de donner un sens rassurant au chaos. Selon lui Ravaillac aurait agi seul mais en perturbant un complot parallèle.
Il faut bien conclure qu’aucune preuve ne permet d’écarter l’hypothèse d’un acte solitaire de Ravaillac.

