Mali : « Le scénario d’un effondrement similaire à celui vu en Afghanistan n’est pas à exclure » - Par Djallil Lounnas

Des combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) patrouillent dans les rues de Kidal, dans le nord du Mali, le 8 mai 2026. AFP

Le mot de Méchant Réac® ! par Laurent Sailly

L’offensive coordonnée du 25 avril 2026 au Mali révèle une recomposition majeure du paysage armé sahélien. Contre toute attente, le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement touareg nationaliste et non théocratique, a mené une attaque conjointe avec le JNIM, organisation affiliée à Al-Qaïda. Pour le professeur associé de relations internationales à l’Université Al Aakhawayn (Maroc) Djallil Lounnas, cette convergence, en apparence paradoxale, s’inscrit dans l’effondrement progressif de l’accord d’Alger, la militarisation du conflit et l’échec des tentatives de stabilisation.

Le JNIM, né en 2017 de la fusion de plusieurs factions djihadistes, applique une stratégie d’ancrage local inspirée d’Ayman al-Zawahiri, combinant prédication, alliances tactiques et gestion prudente des territoires. Le rapprochement avec le FLA repose sur des liens anciens, personnels et familiaux, ainsi que sur des médiations locales visant à éviter les affrontements directs.

Une alliance durable reste toutefois incertaine : le FLA exige du JNIM une rupture avec Al-Qaïda, l’abandon des méthodes djihadistes les plus radicales et un recentrage sur un agenda strictement malien. Plusieurs scénarios se dessinent : un compromis politique difficile, une chute possible de Bamako en cas d’alliance élargie, ou un effondrement total de l’État malien, comparable à l’Afghanistan ou à la Somalie, avec un risque majeur de déstabilisation régionale.

Djallil Lounnas
Mali : « Le scénario d’un effondrement similaire à celui vu en Afghanistan n’est pas à exclure »