2025 : la fin des mythes ou l'’année du retour au réel

L’un des éléments qui devrait caractériser l’année 2025 va être la conséquence du retour au réel, et ce dans tous les domaines. Ce qui veut dire la fin de ces mythes dont on berce les populations occidentales depuis des décennies, et qui se sont tous fracassés les uns après les autres sur la réalité, mais aussi la fin du pouvoir de ceux qui, pendant ces années, ont imposé leurs vues à ces populations.

On peut prendre quelques exemples de ces erreurs. On annonçait ainsi la fin de la nation, qui n’était qu’une source de tensions et de conflits, mais à chaque nouvelle crise, financière, sanitaire ou politique, c’est pourtant vers cet échelon national que les peuples se sont naturellement tournés. La famille « classique » n’était qu’une entrave au développement individuel ? On y reconnaît maintenant à nouveau cet élément de transmission et de solidarité qui apporte aux individus une indispensable structure – qu’on lise sur ce point l’Anglais Dalrymple ou le nouveau vice-président américain, J.D. Vance. La mondialisation heureuse, nécessairement source d’amélioration des conditions grâce au « ruissellement » ? Chaque nouveau traité de libre-échange appauvrit un peu plus, tandis que se continue une catastrophique financiarisation de l’économie. L’idée que l’immigration serait une chance à la fois pour l’immigré et son pays d’accueil ? Elle ne résiste pas au spectacle de ces masses qui viennent percuter de plein fouet les valeurs et les cultures de leur nouveau monde. La disparition de la religion ? Il serait trop facile de se moquer de ceux qui y croient encore quand elle cristallise tant de tensions.

Dans tous les domaines, le progressisme a entendu faire advenir la société nouvelle en se basant sur sa théorie d’un homme fantasmé ; dans tous les domaines il a échoué. L’Éducation ? Les enfants qui devaient trouver en eux-mêmes les réponses ne savent plus lire, écrire ou compter. La Défense ? Pour avoir voulu « tirer les dividendes » d’une paix qui n’a jamais existé nous n’avons plus ni hommes ni munitions. La Justice ? Faire de la société le seul coupable aboutit au sentiment d’impunité des agresseurs. L’ordre public ? L’absence d’autorité et la culpabilisation systématique des FSI ont conduit aux zones de non droit du narcotrafic. L’Agriculture ? Entre un marché intérieur ouvert à des produits extérieurs ne respectant pas nos normes de production et le développement d’une agro-industrie destructrice, nos derniers vrais paysans sont poussés au suicide. L’Industrie ? Morte.

Dans tous ces domaines pourtant d’inutiles Cassandre mettaient en garde depuis des décennies contre les choix qui pouvaient être faits, mais les gardiens du temple progressiste répondaient par la vision irénique d’un « monde Potemkine » - le ministre russe s’était, lui, limité à quelques villages. Chiffres truqués ou interdits, reportages bidonnés, films de propagande, enseignements orientés, et, pour ceux qui persistaient à critiquer, ostracisme et sanctions. Pendant des décennies une oligarchie a ainsi prétendu dire aux gens non seulement ce qu’ils devaient penser ou croire, mais même ce qu’ils devaient voir.

L’un des éléments qui a contribué à changer cela a sans nul doute été que le progressisme, par son principe même, ne survit que dans la fuite en avant et la radicalisation. Tout progressiste, s’il n’y prend garde, est un jour dépassé par plus progressiste que lui, et perd alors son statut, son pouvoir et ses revenus. Cette dérive a pris en Occident la forme d’un wokisme dont le but avoué est de transformer l’ensemble de la société, dont les membres autres que les croyants de cette nouvelle religion sont nécessairement coupables, en un gigantesque camp de rééducation. Les sanctions sont impitoyables pour ceux qui, par un mot, une réflexion, un geste, un regard mettent en doute les dogmes : au mieux, exclusion et mort sociale ; au pire condamnation pénale – les deux n’étant d’ailleurs nullement exclusifs l’un de l’autre.

On est toujours surpris de l’effondrement soudain d’un système totalitaire ; on ne devrait pas. Toute théorie aberrante imposée par la force génère en effet dans une large part de la population une schizophrénie : le peuple, quand le pouvoir le lui demande, répète la doxa, mais n’y croit pas, et que quelqu’un ose nommer la réalité et c’est une traînée de poudre. Il suffit que l’enfant du conte d’Andersen dise que l’empereur n’a pas d’habits neufs mais se promène nu pour que disparaisse le rideau de fumée du mensonge. Cette foule révolutionnaire - car c’est toujours une révolution que d’abattre un pouvoir – n’est pas convaincue par une nouvelle idéologie, elle ne l’a simplement jamais été par l’ancienne - de là ce nombre immédiat qui surprend toujours ceux qui n’ont plus de contact réel avec la population.

Nous en sommes là, à ce moment où le pouvoir est nu, et il suffit pour s’en convaincre de regarder les sondages, très constants sur ces points : plus personne ou presque ne croit les politiques, ne fait confiance aux médias mainstream ou ne va voir ces films dégoulinants de moraline dont le cinéma français s’est fait une inquiétante spécialité. Parce que l’écart entre les théories assénées par les prêtres – et prêtresses ! – des nouvelles religions et la réalité quotidienne, comme avec les lois scientifiques ou le plus évident bon sens, est devenu trop grand.

Au même moment, la parole se libère. Un contre-discours s’est d’abord créé pour dire ce qu’il était interdit d’exprimer en changeant les mots, les expressions, en usant de périphrases. Sont venus ensuite des publications, des films, des jeux, puis, avec les réseaux sociaux, des forums et des influenceurs, tout un réseau de contre-culture avec ses mots de passe. Sur un autre plan, se battant idéologiquement contre la doxa viennent des médias, des nouveaux, souvent virtuels, ou d’anciens qui changent de ligne. Autant de signes qui ne trompent pas, et les plus futés, rusés ou roublards de l’ancien monde l’ont bien compris : pour citer Pierre Albaladejo, « les mouches sont en train de changer d’âne ».

Une réaction donc. Lassés d’être « emmerdés », comme le disait Georges Pompidou des Français, les peuples occidentaux réagissent, par leurs manifestations ou par leurs votes. Ce à quoi nous assistons, en France, en Allemagne, en Hongrie, aux USA et ailleurs encore, n’est pas le résultat de manipulations de milliardaires, et moins encore de celles de trolls poutiniens : c’est le couvercle de la cocotte-minute progressiste qui saute au plafond. Le pouvoir vacillant pourra quelque temps encore sans doute truquer des scrutins quand les résultats ne seront pas ceux qu’il attend, interdire au nom d’un État de droit écrit par les seuls juges telle ou telle réforme, voire mater dans le sang des manifestations, mais cela n’aura qu’un temps. Les peuples voient ce qu’ils voient et le disent haut et clair.

Évoquant en 1796 la question des réactions politiques, Benjamin Constant prenait l’image du balancier, qui va aussi loin à droite qu’il est allé à gauche, avec les mêmes risques d’excès. Des décennies de mensonges éhontés, de mépris, d’interdictions, de sanctions, de violences physiques et psychologiques laissent des traces. Les excès d’une oligarchie progressiste fonctionnant en vase clos conduisent, par un choc en retour, à une réaction dont on ne commence qu’à peine à mesurer l’ampleur. Mais s’ils n’avaient pas nié le réel avec autant d’hubris ce dernier ne se vengerait pas ainsi – et 2025 pourrait bien n’être qu’un début.