Nous ne sommes plus le continent de la liberté et de la création mais celui de la censure et de l’immobilisme médiocre - Par Raphaël Doan
Après les récentes déclarations du patron américain de X et de Tesla sur la liberté d’expression, de nombreuses figures politiques françaises se sont insurgées, appelant à limiter cette libéralisation. «Le consensus européen contre Elon Musk est un naufrage», s’insurge Raphaël Doan.
Raphaël Doan est agrégé de lettres classiques, ancien élève de l’École normale supérieure et de l’ENA. Dernier livre paru : « Si Rome n’avait pas chuté » (Passés composés, 2023).
Il fut un temps où l’Europe était le continent de la liberté et de l’invention. Quand l’Empire ottoman interdisait l’imprimerie, nous laissions se propager les livres et les idées, et nous jetions les bases de la science moderne. Quand la Révolution française éclatait, elle consacrait « la libre communication des pensées et des opinions » comme « un des droits les plus précieux de l’homme ». Pendant la révolution industrielle, c’était la France et l’Europe qui inventaient la photographie, la pasteurisation, le moteur à essence, le cinéma, le métro électrique. Lors des Expositions universelles, le monde entier venait admirer ce que faisaient de neuf les génies français ou anglais. Nous avions confiance dans la liberté et l’esprit humain.
Il est effarant de constater, à l’occasion des récents débats sur Donald Trump et Elon Musk, que l’Europe offre désormais le visage contraire. Nous ne sommes plus le continent de la liberté et de la création ; nous sommes celui de la censure et de l’immobilisme médiocre. L’Europe, qui pourtant passe son temps à critiquer les frontières et le repli sur soi, n’a en réalité pour seule ambition que de se protéger des coups de vent. Elle n’aspire qu’à lutter contre les effets pervers des inventions des autres : réseaux sociaux, intelligence artificielle, réindustrialisation, voitures autonomes, conquête spatiale.
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